Paraphe de l’accord d’Alger : un acte de raison et d’engagement pour la paix au Mali

Image, créative Commons

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Il est prévu par la médiation de faire signer l’accord d’Alger le 15 mai prochain à Bamako. Il s’agit pour elle de clore définitivement avec la très mauvaise séquence qui a failli ébranler ce fameux accord. Mais bon,comme le dit ce proverbe « Bamanan » : « Mieux vaut avoir quelque chose dans la bouche que d’avoir la bouche complètement vide », pour dire que nous contenterons bien de cet accord malgré ces imperfections. Car il s’agirait bien d’un acte de raison et d’engagement pour la paix et la réconciliation au Mali.

Un acte de raison 

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise profonde dont il peine à sortir. Il y a eu le réveil de cette rébellion touarègue au tout début de l’année 2012 qui a ouvert les portes d’une succession événements tragiques, d’épisodes dramatiques et de tensions de toute nature qui n’ont fait que troubler le quotidien des Maliens. Nous sommes résolument convaincus qu’il est inutile de revenir à chaque fois sur la longue liste de nos malheurs de ces trois dernières années, mais nous devons prendre le temps d’analyser. Analyser les causes de la crise actuelle en vue d’apporter nécessairement des solutions durables. Car, malgré notre résilience reconnue, l’horizon tarde à se dégager. C’est pourquoi, en dépit de nos nombreuses réserves vis-à-vis de cet accord, nous l’avons unanimement accepté.  Nous l’avons accepté pour avancer ensemble dans le souci commun de réduire les périls, de réhabiliter le vivre ensemble, de redresser l’économie nationale, bref d’emprunter enfin le chemin du développement. Loin donc de la résignation, les Maliens ont opté pour l’accalmie inspirée d’un immense désir de tranquillité, d’une intense demande de sécurité et d’une forte envie de retrouver le vivre ensemble. Au détour de la lassitude à perdurer dans l’incertitude, les Maliens veulent voir le début d’un redressement de leur situation. Donc, la signature du 15 mai répond à une nécessité de la raison. La raison pour éviter une déstabilisation pérenne et accentuée de toute la partie nord du Mali. Mais au-delà, il faut aussi signer pour s’engager. S’engager résolument à lutter contre le terrorisme renaissant.

Un acte d’engagement

Il nous faut avoir la juste réponse à la renaissance du terrorisme au nord du Mali. Plus que jamais la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) doit mettre fin à ses foucades pour parapher l’accord d’Alger. Car il nous parvient des échos de terreur du Nord. On sait que Serval et plus tard la Minusma n’ont par réussi à mettre totalement en débandade le Mujao et ses autres alliés. Et ces dernières semaines, ils ont multiplié les attentats. Du nord au sud en passant par le centre, ils sont parvenus à répandre la psychose. Pour entretenir les espoirs que porte le futur accord de Bamako,  il convient pour la CMA de rejoindre les autres compatriotes afin de lutter contre le terrorisme renaissant. Il y va de sa crédibilité.

La nouvelle donne au Nord fait remarquer le retour en puissance du Mujao qui s’appuie désormais sur des sympathies locales en réveillant ces cellules locales. Plus que par le passé ces dernières sont de nouveau opérationnelles avec un mode d’actions bien adaptées à la situation. Des motos remplacent les pick-up ; les attaques de convois de ravitaillement et les attentats-suicide sont en train de remplacer les affrontements directs avec l’armée malienne. La situation bascule en cauchemar aussi bien au Nord qu’à Bamako et dans le centre. Pour toutes ces raisons notamment, mettre un terme à ces agissements inutiles s’impose, car c’est ensemble qu’il faut apporter la juste solution au danger renaissant.

Il est souhaitable que les ultimes efforts de la médiation d’ici le 15 soient payants. Quelle que soit la fragilité d’une solution négociée, elle aura le mérite d’éviter une déstabilisation accentuée d’une partie, ou même l’ensemble, de notre pays et l’imminence d’un nouveau cycle d’incertitude. Pour réussir, les médiateurs espèrent compter sur toutes les bonnes volontés du nord du Mal et de toute la nation malienne.

Malgré tout, nous n’allons pas nous voiler la face, il est possible que le 15 mai n’ait pas lieu. Un tout autre scénario paraît plausible tant le caractère irrédentiste de certains extrémistes touaregs pourra faire voler en éclats l’espoir de toute une nation. Mais pour l’avenir du Mali, la CMA doit nécessairement être raisonnable et réaliste pour parapher en vue d’engager aux côtés du gouvernement une lutte résolue contre le terrorisme renaissant qui pourrait briser tous nos espoirs.

De l’Art contemporain au Musée National du Mali

Crédit photo, Michel

Crédit photo, Michel

C’est par le plus grand des hasards que je me suis retrouvé cette semaine au milieu d’une exposition d’Art contemporain au Musée National. Du coup, je me suis surpris à admirer une expression artistique qui m’était jusque-là méconnue. Soyez en sur je n’ai pas boudé mon plaisir.

L’Art contemporain au MNM, une exposition inhabituelle !

Crédit photo, Michel

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Cette exposition, loin d’être une première pour ce musée, se situe dans la continuité d’une politique de promotion de l’art contemporain au Mali et en Afrique. Il s’agit pour Samuel Sidibé, directeur du MNM, de donner à la création contemporaine la place qui lui revient. C’est pourquoi depuis quelques années le MNM organisent de nombreuses expositions dont : Vision contemporaine en 2006, Contact zone en 2007, Afrique contemporaine en 2009 ; à travers lesquelles il s’est octroyés une belle collection.  Ainsi cette exposition porte sur un échantillon de la belle et riche collection d’Art contemporain du Musée National regroupant une quarantaine d’œuvres. Il s’agit des dessins, des photos, et des vidéos.  Rappelons que le Musée National du Mali est l’un des rares musée d’Afrique à posséder une collection d’art contemporain. Et pour Samuel Sidibé, ceci s’explique  par le fait que les musées africains accordent peu d’intérêt à l’art contemporain.  Ils sont plutôt tournés uniquement vers la conservation de la culture africaine dans sa tradition et son authenticité. Oubliant au passage que les œuvres d’art contemporain africain sont enviés et très appréciés de quelques galeristes et collectionneurs privés de par le monde. Aussi surprenant que cela puisse être, malgré la présence de grands évènements comme la « Biennale des arts de Dakar » ou encore les « rencontres photographiques de Bamako », les œuvres d’arts contemporains africains ne sont pas suffisamment valorisées sur le continent quand on sait  qu’elles se vendent bien dans les grandes capitales occidentales. Donc cette exposition, pour le moins inhabituelle, veut rendre accessible l’art contemporain africain au public africain. C’est aussi une façon d’encourager la création contemporaine. Et c’est le rôle d’un musée que d’offrir des espaces aux jeunes artistes pour leurs expositions dans le but de projeter la mise en place de futurs musées d’art contemporain en Afrique.

Une découverte éblouissante !

Crédit photo, Michel

Crédit photo, Michelrt

C’est vrai que j’ai pris beaucoup de plaisir à visiter cette exposition. Ce fut une belle découverte, même si j’ai eu du mal, pour un départ, à comprendre la signification des œuvres. Mais bon difficile de se contenir d’émotion face à de si belles œuvres. J’ai été éblouie par la grande créativité de nos artistes contemporains qui, de la peinture à la vidéo en passant par la photo, font étalage de tout leur talent. Entre-autres artistes présent à cette exposition, de nombreux maliens dont les plasticiens Mamadou Somé Coulibaliy, Ismael Diabaté et Abdoulaye Konaté ; le designer Cheick Diallo ; les photographes Seydou Keita et Malik Sidibé. Mais aussi d’autres nationalités parmi lesquelles on peut citer : le photographe-journaliste sud-africain Jodi Bieber, la photographe camerounaise Engèle Etoundi Essamba, le peintre et graveur algérien Rachid Koraichi etc.  Bref des œuvres venant du Benin, de la Cote d’Ivoire, de la RDC, du Togo, du Sénégal, de la Tunisie, d’Egypte, du Nigéria, du Ghana, du Kenya, d’Afrique du Sud.

C’est un pur moment de bonheur qu’offre-le musée en cette période difficile pour notre pays. Peut-être que c’est par ces initiatives culturelles que nous arriverons à surmonter nos peines.

Pour ceux d’entre vous qui auront l’opportunité de visiter notre « maliba », vous pourrez faire un détour par le Musée car cette exposition continuera jusqu’au 15 Juin. Comme quoi, dans notre pays, même en période de crise, l’activité culturelle bat son plein.

Je suis Malien et je le resterai : « zouska » à la mort, dixit Alou Sam !

www.pri.org

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Depuis 2012 ; depuis cette année fatidique ou mon cher pays, le Mali a connu une déconvenue des plus spectaculaires que j’ai décidé de n’avoir plus honte d’être Malien. Même si j’avoue que cela ne m’enchante plus de reprendre comme par le passé cette maxime : «Je suis un Malien et fier de l’être ». Cependant quand je jette un regard sur l’avenir politique de notre pays je me rends compte que la question d’identité nationale a été de tout temps remise en cause, du moins en ce qui concerne les Touaregs. D’où cette interrogation qui me trotte l’esprit à chaque fois : comment atteindre l’identité nationale dans un pays ou un groupe ethnique ne se sent pas appartenir à la nation ?

La nation malienne et la question de l’identité nationale 

Au Mali, la nation est apparue depuis toujours comme un acquis, hormis bien attendu la récurrente crise touarègue au Nord. Mais pourquoi ce groupe se retrouve-t-il à la marge de la nation malienne. La réponse à cette question relève plus d’un sentiment de réfraction à la nation qu’un désir d’autonomie pour les Touaregs. Mieux, il y a même la question d’identité culturelle qui semble être le cœur du propos. Oui, les Touaregs vivant loin du Sud-Mali se sentent parfois culturellement différents. Mais, le territoire et la nation hérités de la colonisation française ont pris un visage ; le visage d’une nation avec des identités culturelles, ethniques, religieuses qui s’est stabilisée depuis.  Ainsi, avec l’indépendance, une nation malienne avec des identités culturelles y compris touarègues s’est constituée. Malgré les soubresauts touaregs au Nord, on a toujours eu le sentiment d’appartenir à une nation solide qui paraissait inébranlable. Au Mali comme ailleurs, l’identité nationale plus qu’un concept est un sentiment général d’appartenance à une nation. Aussi, ne couvre-t-elle pas de nombreuses identités culturelles. C’est pourquoi nous sommes très surpris de voir émerger le projet d’une possible partition de la nation. Oui nous restons confiants en la survie d’une nation malienne telle qu’elle fut à sa création.

Malien « zouska » la mort

Au moment où l’avenir politique semble compromis, voire la survie même du pays, il y a un regain de nationalisme malien à la limite chauviniste. Oui une majorité de Maliens revendique à qui veut l’entendre qu’ils sont Maliens et fiers de l’être. Et ils crient comme Alou Sam dans la chanson qu’ils resteront maliens « zouska » la mort : entendez par jusqu’à la mort. Donc, la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) doit rompre avec ces incertitudes pour se vêtir de l’habit national qu’il porterait « zouska » la mort.

Aujourd’hui ,plus que par le passé, la communauté internationale doit dépasser le principe de persuasion avec la CMA et ses acolytes pour aborder la phase de pressions inamicales avant d’envisager les sanctions contre les récalcitrants. Car, il doit être clair pour tous les amis du Mali que l’avenir de ce pays ne peut être suspendu à l’incertitude. Avant que la situation ne s’envenime, il faut clairement et définitivement faire comprendre à tous les protagonistes qu’ils resteront tous Maliens « zouska » à la mort !

Chasse aux «CH » ou véhicules non immatriculés, Une Psychose s’installe à Bamako !

Crédit photo, Michel

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Suite à l’attaque terroriste du bar-restaurant « La Terrasse » à Bamako, qui a fait cinq morts, les autorités maliennes ont décidé de renforcer les mesures de sécurité dans la capitale et sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, une opération « CH » fut, depuis, lancé par les forces de défense et de sécurité. Elle consiste à l’interdiction systématique des véhicules non immatriculés de la circulation.

Opération « CH », entre gâchis, arnaque et bavure

L’attaque terroriste du 28 Février dernier dans laquelle avait été  impliquée une voiture n’ayant pas de plaque et pour laquelle les recherches sont restées jusque-là sans succès, le gouvernement malien procède à l’interdiction de circuler pour les véhicules non immatriculés sur l’ensemble du territoire national. La décision a été prise lors d’une réunion interministérielle présidée par le Premier ministre Modibo Kéita.

La version officielle a affirmé que l’attentat du 28 février à Bamako, qui a fait cinq morts, dont un Français et un Belge, a été mené par un commando de deux hommes armés circulant l’un sur une moto et l’autre à bord d’un véhicule sans plaque immatriculation. La décision ministérielle concerne toutes les voitures CH et celles qui n’ont pas d’identification, selon les règles de la Compagnie de circulation routière.

C’est donc dans une ambiance de stupéfaction générale que cette mesure entre en vigueur. Tambour battant, l’opération de nettoyage semble un succès, car selon  l’autorité routière, la police a arrêté des centaines de voitures dans la cour du GMS (Groupement mobile de sécurité) et a affiché une volonté implacable à appliquer les consignes du gouvernement pour la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire. Mais aujourd’hui qu’en est-il du Bilan de cette opération ?

D’abord le gâchis

La Police Nationale ne disposant pas de parking adéquat pour le nombre important de véhicules interpelés et immobilisés, ces derniers se retrouvent dans un état déplorable. La canicule qui s’abat sur la ville est en train d’émietter leurs vitres et bon nombres de pneumatiques sont désormais hors d’usages. Petit à petit, la cour du GMS se transforme en un cimetière de véhicules neufs ou d’apparence neufs. Car il faut savoir la plupart de ces véhicules disposent d’une carte grise provisoire leur autorisant à circuler avec les fameux Numéro « CH » qui n’est autre que le numéro de châssis du Véhicule.

Puis la corruption

A priori, rien de nouveau à ce sujet, sauf que, la corruption accable plus la police, que n’importe quel autre service de l’Etat. Donc, rien de surprenant que de comprendre les coups d’arnaques et de pots de vin s’introduire dans cette opération réputée à ses débuts sincères. Ainsi, comme nous commençons bien à nous en apercevoir, les véhicules « CH »  interceptés, conduit et gérés par le personnel des lieux sont, pour la plupart, remis à leurs propriétaires moyennant le paiement d’un montant compris entre cinquante (50 000) et deux cent (200 000) milles franc CFA. Et au tour de tout cela s’implante et se développe une véritable mafia policière (fabriquant et vendeur parfois de plaque d’immatriculation) qui ne fait qu’atténuer tous les efforts du gouvernement pour sécuriser la ville et le territoire national. En outre, Selon des sources proches de la Compagnie de circulation routière, la quasi-totalité des véhicules sans plaque d’immatriculation appartient aux hauts dignitaires du régime. Il s’agit des  ministres, des députés et des officiers supérieurs des forces de défense et de sécurité.

Et enfin, la bavure

Dans la nuit du vendredi 03 Avril 2015, un malheureux conducteur d’un véhicule avec « CH » fut abattu par la police après qu’il ait refusé d’obtempérer. Les faits surviennent aux environs des halles de Bamako, à cheval entre le quartier de Sokoniko et Niamakoro dans la commune 6 du District de Bamako. L’infortuné répondant au nom de Moha Alassane Cissé pris de panique, après être interpelé par les éléments d’une patrouille, tente de fuir avant d’essuyer les tirs des éléments de la police et de la garde pris certainement de panique aussi. Mortellement atteint, il succombera des suites de ses blessures à l’Hôpital du Mali, l’un des trois plus grands hôpitaux du Mali. La mort de ce jeune conducteur suscite un débat houleux au sein des bamakois : une partie approuvant la réaction, et une autre la reprouvant en la qualifiant de bavure de trop. Quoiqu’il en soit, nous sommes en présence d’un état de psychose généralisé qui sort sur des situations parfois dramatiques. D’un côté, il y a les conducteurs de « CH » qui, en raison de la possession d’une carte grise provisoire et de la lenteur des procédures par les services des transports, pensent être dans une légalité de circuler. De l’autre côté, il y a les forces de  défense et de sécurité seront, de l’avis des observateurs, mal préparés face à la situation qui prévaut. Par ailleurs ils subissent une forte pression qui leur rend par conséquent nerveux d’où des situations de ce genre que d’aucuns qualifierons de bavure. En définitive et nous l’aurons bien compris la pression s’exerce autant sur les forces de sécurité que sur les usagers.

Ce que l’on peut retenir c’est que l’opération « CH » n’aura pas permis de minimiser l’insécurité, loin s’en faut. Il a plutôt permis l’installation d’un climat de psychose généralisé dans un pays qui peine à retrouver ses marques.