Crise malienne : Après la signature, la répartition du gâteau fait déjà jaser !

Photo, Michel

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Il est de coutume qu’après chaque crise, s’ouvre logiquement une bataille pour les places. Ainsi et après la signature du 20 Juin à Bamako par la CMA de l’accord pour la paix et la réconciliation, l’ère des petits arrangements et des positionnements s’installent. A ce jeu très embarrassant, il faut, à la fois pour le gouvernement et la médiation, avoir le sens de la mesure et de l’équilibre. Car, en définitive, c’est la survie du Mali qui est en jeu avec cette forte interrogation : Renaitre ou exploser après le 20 Juin.

La nécessaire renaissance

Le 20 Juin dernier fut le jour des grandes émotions. La grande joie de se retrouver en famille avec surtout l’espoir, oui le grand espoir de retourner à la norme démocratique et rembarrer pour de bon le fusil. Malgré les colères et les déceptions récentes, les bamakois ont plutôt toléré la présence de frères « égarés » qui, ont pu faire des emplettes sans être insulté et sans risqués quoi que ce soit. Encore une fois, on aura eu l’occasion d’apprécier la grande magnanimité du peuple malien. Aujourd’hui plus qu’hier, et malgré les barrières très factices invoquées, les maliens s’il le veut peuvent vivre ensemble. Ce vivre ensemble, bien qu’étant plausible, devra voir l’accord sur le papier se matérialiser dans les faits. L’urgence serait de mettre en application les dispositions sécuritaires et le reste attendra une éventuelle révision constitutionnelle, un referendum et une promulgation présidentielle. Au même moment, il nous faut obtenir des ressources sans précédents pour le développement du Nord. Sans être grotesque, adopté un Plan Marshal pour citer Adama Thiam, éditorialiste. Il s’agirait d’offrir des opportunités d’emploi à la jeunesse du Nord pour qu’elle cesse d’être un réservoir de main d’œuvre pour le crime organisé. C’est pourquoi, il apparait évident pour tous que la mise en œuvre de cet accord sera bien plus ardue que les péripéties de sa signature.

Quelques raisons qui expliquent la difficile mise en œuvre de l’accord

En premier lieu, la complexité et la délicatesse de l’accord.  Oui cet accord est complexe et délicat. C’est pourquoi, il lui faut franchir l’étape des explications aux antipodes des applaudissements provoqués pour affronter le test de l’appropriation via la conférence nationale prévue et le référendum obligée. Donc il nous faut continuer avec le débat.  Après le déploiement d’un effort louable pour le développement du nord, il faudrait nécessairement l’étendre à tout le pays pour donner plus de chance à la paix. Car, des populations entières dans le sud tirent le diable par la queue, se nourrissent de cueillette en période de soudure et regardent désespérément les bras valides déserter les champs pour d’hypothétiques richesses aurifères, ou d’hypothétiques eldorados européennes parfois au prix de leurs vies. Aussi, n’a-t-on pas l’impression que l’Etat s’arrête au poste de contrôle de Niamana (Poste de contrôle policière à la sortie Est de Bamako en direction de Ségou, symbolisant la limite géographique de la ville) comme l’a fait remarquer une bouche venimeuse. Autre raison, peut-être la principale, celle se rapportant à la question de la représentativité au sein du comité de suivi et plus tard dans les instances nationales.  Donc avant l’ultime bataille, celle de la représentation au comité de suivi a belle et bien commencé. Elles semblent reprendre les mêmes voies que celles complexes qui ont mené aux accords d’Alger. Cette bataille prématurée plonge Bamako et Alger dans l’embarras. L’embarras de savoir qu’on reprend avec les vieilles habitudes. De vielles et vilaines habitudes qui ont émaillé la phase II des pourparlers d’Alger lorsque les représentants de la CMA (la Coordination des Mouvements de l’Azaouad) avaient refusé de s’asseoir à la même table que ceux de la plateforme. A cette époque, les mouvements rebelles revendiquaient l’exclusivité de la légitimité à négocier avec le gouvernement malien et exigeaient de faire tenir à distance ces derniers à qui ils reprochaient d’être « proches de Bamako ». Aujourd’hui donc, à l’entame  des discussions à l’intérieur  du comité de suivi de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation des querelles similaires refont surface. Elle s’est surtout déportée sur la constitution de la délégation de cinq membres extensibles à laquelle à droit chaque partie. Et à ce niveau, chacun est à l’évaluation des enjeux, sauf que l’enjeu est de taille. Pour la simple raison que la présence à la table de négociation représente aussi la garantie des acquis figurants dans l’accord. Pour l’heure, ces petits arrangements de couloir et les positionnements au sein du comité de suivi font jaser et font perdre le temps. C’est pourquoi, nous espérons tous à une reprise des discussions fixée pour après la fin du Ramadan. Car il y a obligation d’avancer dans ce processus d’application.  Et les échos feutrés de ces batailles de procédures ne sont que désagréablement perçus par le malien lambda qui ne voit dans ce qui se passe au CICB (Centre International des conférences de Bamako) que les prémices des batailles pour le partage d’un gâteau qui reste encore à confectionner.

Crise malienne, pourquoi les vieux démons se réveillent-ils ?

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Fondamentalement, rien d’étonnant ! Sauf qu’une semaine après le parachèvement du processus de signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, les terroristes qui n’ont toujours pas lâché du lest ont, comme par leur habitude multiplié les attaques en privilégiant le spectaculaire et l’imprévu. Sans doute que les Maliens auront encore à parcourir un long et difficile chemin pour recouvrer un niveau acceptable de sécurité.

De l’intimidation, de la provoc, les djihadistes se font entendre à nouveau

Toujours le même mode opératoire : la recherche du spectaculaire et de l’imprévisible caractérise toutes les actions terroristes perpétrées jusque-là au Mali. On se rappelle des premiers attentats-suicides sur le sol malien. Puis s’en sont suivis d’autres de fortes ampleurs avec la tentative d’assassinat du général Mohamed Abderrahmane Ould Meydou et la tuerie (très spectaculaire et très imprévisible) du restaurant « La Terrasse », toutes deux au cœur de Bamako. Aujourd’hui, nous en sommes certainement à la phase préoccupante, notamment avec la série de raids meurtriers dans la zone du Macina au centre, sans oublier le déchaînement du mois d’avril qui a enregistré une série d’attaques sur les camps de la Minusma et de Barkhane. En essayant de piéger le convoi du responsable des forces armées et celui de la sécurité de la Mission onusienne en tournée d’inspection sur le trajet Tombouctou-Teherdge, les terroristes ont montré qu’ils avaient des réseaux de renseignement. Plus inquiétant encore, ce sont ces attaques dans le Sud, là où personne ne s’y attendait, à Misséni et à Fakola très loin de ce qu’on pourrait appeler son fief. Et pas plus tard que vendredi, elle est réapparue sur un terrain qu’elle a longtemps pratiqué dans le Sahel occidental près de la frontière mauritanienne.

On aura compris que depuis trois mois, les signaux n’ont pas manqué sur le retour en force des terroristes et leur volonté manifeste d’exercer une pression continue sur les forces maliennes et internationales. Mais ne nous méprenons pas, on devrait s’y attendre à ce regain de violence. Car, l’instabilité qui a prévalu au Nord s’est propagée dans le pays jusqu’aux endroits les plus inattendus. Certes, le projet des terroristes de s’installer durablement au Mali. C’est vrai que le Mali a connu le statut peu enviable de pays sous occupation. Ce qui est le cas en Irak et en Syrie avec Daesh. En occupant le septentrion malien, les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique évoluaient sur un territoire important. L’émir Droukdel avait aussi envisagé l’édification d’un « Khalifat » sur un espace  couvrant tout le nord du Mali et une partie de la région de Mopti. Rappelons que le plan détaillé de ce projet avait été retrouvé à Tombouctou après la débâcle des occupants. Il y était question de la mise en place d’un Etat similaire à celui édifié par Daesh. Notre pays, même à une échelle nettement moindre que la Syrie ou l’Irak, a failli devenir une terre de djihad qui aurait certainement attiré les combattants venant du monde entier si le Nord n’avait pas été libéré à temps.

Pour toutes ces raisons, les terroristes qui ont occupé le nord du Mali poursuivent un projet inabouti, et continuent de frapper inopinément et ostensiblement. Cependant, malgré le 20 juin, date de la signature de l’accord par la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), il nous faut évaluer la juste mesure de nos difficultés. Oui, il serait long le chemin qui nous mènera à une paix totale et définitive. L’accord doit être respecté pour que renaisse le Mali. Nous possédons là un précieux avantage de pouvoir en finir avec ces groupuscules de la terreur.

Crise malienne : le temps de la compromission !

Photo, Michel

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On se croirait dans un jeu de pingpong. D’un côté, un gouvernement légal d’un pays souverain qui serait prêt à tout pour le recouvrement total du territoire et pour la réconciliation nationale, de l’autre des groupes armés insurgés qui continuent de réclamer une large autonomie à défaut d’indépendance. Et pour jouer les intermédiaires un groupe de médiation internationale avec à sa tête l’Algérie, toujours aussi impliquée dans les gestions de crises réplétives au Nord du Mali. Malgré tout on aura compris qu’avec la signature de Bamako, les malentendus et les malaises n’ont toujours pas été dissipés.  C’est d’ailleurs ce qu’ont laissé apparaitre certaines réactions à la marche du 26 Mai. Et c’est nécessairement ce que nous devons chercher à dépasser ; même s’il nous faut encore retourner à Alger et mieux y trouver un compromis. Ainsi, comme nous pouvons le comprendre, dans la résolution de la crise malienne, c’est le temps de la compromission. C’est-à-dire il s’agit de transiger avec notre conscience ou nos principes en acceptant certains accommodements avec d’autres personnes pour l’intérêt suprême  de la Nation.

Les malentendus et les malaises inquiètent quant au proche avenir

La marche du 26 Mai dernier, en l’absence de sondage d’opinion sur l’humeur générale des maliens, fut un sérieux indicateur de l’Etat d’esprit de l’opinion nationale. Il subsiste de profondes inquiétudes sur le proche avenir de notre pays. De graves suspicions et des préjugées tenaces crées par les circonstances pèsent sur nos partenaires directs et que seuls dissiperont un patient travail de persuasion  et surtout l’amélioration de la situation au Nord. Car il est clair pour tout observateur avisé de la crise malienne que les maliens, globalement, sont extrêmement et fortement attachés à la préservation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale. De cette grande manifestation à l’appel de la plateforme des associations de la société civile, nous en avons retenus de nombreuses inquiétudes, parfois contradictoires. Mais les principales inquiétudes se rapportaient très logiquement à l’intensification des attaques au Septentrion. Mais avant et à dire vrai, la décision de la CMA a se limiter au seul paraphe du document de l’accord du 15 Mai, en attendant l’ouverture de nouveaux round de discussions avec le gouvernement malien et la médiation ainsi que l’obstination du MNLA à récupérer Ménaka avaient éloigné dans l’esprit de nombreux maliens la perspective  d’une accalmie significative.  Donc il est clair pour le malien lambda que la récente multiplication des attaques touchant parfois et même le plus souvent les populations civiles apparaissent comme le signe de la mauvaise volonté manifeste de la coordination à aller vers la paix. C’est pourquoi le malien moyen reste jusque-là prudent quant à l’issue de ce processus.

Les suspicions et surtout les préjugées  sont alimentés par le fait que les maliens continuent de croire, malgré toutes les explications données par les autorités, à la partialité de la MINUSMA et de la France qu’ils accusent d’être alliés aux rebelles. Cependant, l’analyse objective exempte de toute chape émotionnelle l’enveloppant fait payer aux soldats de la paix un double tribut selon les interprétations divergentes des limites de leur mandat. Il faut ajouter à tout cela la maladresse communicationnelle  de la MINUSMA et de ses responsables. Une maladresse amplifiée par une communication presqu’autiste et experte dans l’usage des formules qui fâchent. Au demeurant, la mission a toujours clarifiée sa position : Elle n’est  pas au Mali pour livrer bataille aux rebelles et aux terroristes. Son mandat ne la destine pas à cette entreprise dans laquelle ni ses effectifs, ni son équipement ne lui permet de se lancer. Au même moment et à contrario, cette même MINUSMA affirme, et cela depuis ses débuts, avec véhémence et abondance que l’une de ses missions essentielles était la population civile.  Cette population civile qui pense que la mission ne s’investit pas autant qu’elle l’aurait pu.

Eventuellement Alger VI, et pourquoi ?

Depuis plus d’une semaine, de nouvelles discussions sont engagées à Alger. Un nouveau « round » qu’on pourrait qualifier d’Alger VI. Alger VI n’a pas l’approbation des composantes de la plateforme qui l’ont boudé, parce que pour elles, après la signature du 15 Mai il n y a plus rien à discuter. Pas plus qu’elle n’ait l’approbation du gouvernement malien qui pense aussi avoir presque tout accompli le 15 Mai. Mais enfin, pourquoi encore Alger se demande de nombreux maliens. Pour tout observateur avisée ce nouveau « round » ne peut être qu’une ouverture pour la CMA d’obtenir son paraphe alors même qu’elle a boudé la signature à Bamako dont étaient présents pour autant plusieurs chefs d’Etats. Pour la médiation, il ne s’agirait pas d’une réouverture des négociations car l’accord de Bamako est intangible. Mais plutôt de peaufinage final. Et la médiation utilise des termes d’accord consensuel, de tours d’horizon, d’échanges autour de l’accord pour qualifier ces nouvelles discussions d’Alger. Mais par rapport à cette nouvelle donne, les maliens se sentent écartés. Car le gouvernement informe mal, à la place la CMA continue son tapage médiatique tout en réaffirmant qu’elle ne signera l’accord qu’après de fermes engagement sur son application. Cela n’est donc plus qu’un secret de polichinelle, Alger VI est engagé. C’est évident que la paix ne profite qu’aux maliens. Pourquoi diable n’est-il pas possible d’expliquer à ce pays et son patient de peuple  qui ne veut que la paix pourquoi nous repartons à Alger après avoir signé à Bamako ? Pourquoi n’est-il pas possible d’engager des négociations inter-maliennes avec les rebelles ? Et pourquoi bon sang dit-on que les négociations sont finies alors qu’elles continuent ? Surtout le plus important de toute quand la CMA signera t’elle car sans sa signature, il n y a pas d’accord. Le temps presse pourtant, et il est grand temps que la marche vers la paix sorte de l’incertain pour emprunter un chemin droit. Car le retard dans la décantation de la situation ne fait en effet qu’attiser les tensions, empirer la situation sur le terrain, approfondir les malentendus, accentuer les malaises et compliquer les rapprochements. Toutes ces choses ont fait naitre chez l’opinion nationale des animosités parfois illogiques et installé une relecture très passionnelle des évènements. Pour mettre fin à cette spirale négative, il nous faut très vite trouver un compromis avec la CMA.

Pauvre Mali !

l'entrée principale de l'ambassade d'Alger à Bamako

 

Le Centre international des conférences de Bamako s’est paré de ses plus belles parures, les forces de sécurités en alerte maximum, les autorités tout excitées, les invités de marque répondant à l’appel… Il faut dire que le jeu en valait la chandelle, car la capitale malienne accueillait une cérémonie des plus solennelles pour l’avenir de notre pays. Une cérémonie de l’espoir pour la paix et la réconciliation. Mais une cérémonie tout de même symbolique. Et la médiation espérait la présence de tous les belligérants à Bamako. A l’arrivée le principal protagoniste n’est pas venu à Bamako. Mieux, il a décidé d’aller parapher dans un premier temps à Alger sous réserve qu’il ne signera que quand toutes ses aspirations et toutes ses revendications seront prises en compte. Certes, paraphe  il y a eu sous les pressions, mais avec la ferme volonté de réajuster le document de l’accord.

Donc pour ce qui est de cette journée du 15 mai 2015, qualifiée de mémorable par les autorités, c’est malheureusement le Mali qui signe avec le Mali, comme l’a déclaré, pessimiste et déçu, un diplomate de la sous-région. Il (le même diplomate) rajoute : « Il faut être deux pour signer un accord ». La déception et le pessimisme de ce diplomate sont partagés par une majorité de Maliens.  C’est justement pour éviter de traîner le pas que le médiateur en chef avait choisi Bamako et le 15 mai pour la cérémonie officielle de signature de l’accord définitif. Pourquoi ne pas regretter l’absence de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) quand on sait qu’elle a disposé de suffisamment de temps pour consulter sa base comme elle l’avait demandé. La situation est d’autant plus curieuse que le gouvernement du Mali s’était empressé de parapher sans même consulter le peuple malien. Mais après tout, on ne doit pas se leurrer, cet accord est, depuis sa conception, biaisé par la CMA.  Peut-être que depuis cette époque, elle avait perçu des difficultés pour convaincre sa base quant à la pertinence d’un texte qu’elle a discuté, négocié à sa guise et même accepté le contenu sans grandes réserves. Il est vrai que le document final d’Alger n’évoquait ni autonomie des territoires du Nord, ni fédéralisme des régions et ne dérogeait en rien au principe de la laïcité tel que généralement convenu. Or, ce sont ces points qui constituaient la quintessence même des revendications des mouvements rebelles.

Aujourd’hui, la démarche adoptée par la communauté internationale et la médiation apparaît comme une supercherie tant cette position maintes fois exprimée par la CMA et qu’elle continue encore de soutenir, même la veille du 15 mai 2015, a figé le processus ainsi que les négociations. Qui plus est, cette position est totalement incompréhensible au regard de l’attitude qui a été celle de la CMA, depuis le début du processus. Il faut se rappeler que curieusement, toutes les composantes de la CMA : HCUA (Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad), MAA (Mouvement arabe de l’Azawad), MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) ont, dès l’entame du processus, fait des déclarations en faveur de la paix et pour le dialogue. C’était le cas dans le texte de la déclaration commune, dite d’« Alger » ; dans le texte des accords préliminaires de Ouagadougou ; dans la feuille de route et dans le texte du dernier accord d’Alger de 2015. À toutes ces occasions, les mouvements rebelles ont accepté de discuter, de négocier et d’amender les textes ainsi que leurs supports. Dès lors, il paraît incompréhensible qu’ils tergiversent avant de parapher et même de signer la version finale de ce texte,  se mettant ainsi en dehors du processus et prenant les mêmes risques que tous les « hors-la-loi » et les « hors la République ».  Aujourd’hui plus que tout autre, c’est notre attachement commun au principe de base issue de la feuille de route des négociations dans le cadre d’Alger qui nous lie. Il s’agit du :

  • le respect de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du Mali ;
  • le respect de la forme républicaine et la laïcité du Mali.

Nous l’aurons compris que l’absence de la CMA à la signature de Bamako est totalement incompréhensible, comme l’est la tenue même de cette cérémonie sans elle. La CMA affirme et réaffirme qu’elle ne signera pas sans la prise en compte d’amendements indispensables. Des amendements qui, sans doute, font sournoisement allusion à la sempiternelle demande d’autonomie/indépendance. Quelle couleuvre ! De nous faire croire que la signature du 15 à Bamako est importante et décisive pour la paix et la réconciliation au Mali. Comme si l’enjeu était de sauver la tête d’IBK, ou encore de sauver la face de la diplomatie algérienne que de sauver la paix au Mali. Quelle couleuvre ! Parce que la CMA réussit, elle, à mettre en avant ses réserves, alors que le gouvernement malien lui, passant outre ses réserves, signe avec ses alliés à Bamako. Mais que faire ? Les résolutions internationales nous ont engagés sur cette voie. Et c’est certainement le seul moyen pour qu’on puisse se relever, même si nous risquons notre sacro-sainte intégrité nationale demain. Nous minimisons peut-être l’ampleur de notre tragédie pour nous renfermer dans l’autovalidation et pas dans l’obligation de satisfaire les Maliens et tous les Maliens. Pour ces raisons, il est possible que nous n’ayons pas fini avec nos difficultés. Pauvre Mali ! Il nous faut dès maintenant rompre avec les illusions pour faire face à la réalité.

 

Paraphe de l’Accord d’Alger : La nécessaire interrogation sur son bien-fondé !

Crédit photo, Michel

Crédit photo, Michel

Tout ou presque semble mis en œuvre pour ce vendredi : les déclarations d’intentions, les invitations officielles. En effet, c’est ce Vendredi que Bamako abritera la cérémonie de signature de l’accord d’Alger. Au déterminisme des autorités maliennes et de la communauté internationale s’oppose l’intransigeance de la rébellion à signer tout accord qui n’accorde pas, à la limite, une large autonomie aux régions Nord du Mali. Nonobstant les violations de cesser le feu de ces derniers jours, à Bamako on espère que la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), toute la CMA sera de la partie. Plus que trois jours pour être fixé. Et aujourd’hui plus que jamais, les chances sont faibles voire inexistantes pour que les « mouvements » soient à Bamako, parce qu’il y a eu Ménaka, le 27 Avril et ses nombreuses victimes cotés rébellion. Donc, si Moussa Ag Attaher représente la Coordination, toute la Coordination, les « rebelles » ne signeront certainement rien le 15 Mai. D’où l’intérêt de s’interroger sur le bien-fondé de la cérémonie de ce vendredi.

Le réalisme doit-il prévaloir ?

De prime à bord, nous sommes en présence d’un véritable dilemme. Imaginé dans un match de football un gardien qui, sous la pression d’une attaque adverse n’a d’autre choix que de faire une passe en retrait à son gardien de but qui malheureusement a déjà déserté sa cage. La passe en retrait sera-t-il transformée ? Serait-ce un autogoal ? Probablement oui, si la CMA signe ce vendredi. Et c’est justement à  ce niveau que nous tombons dans la complexité. Ce qui m’amène à cette autre réflexion que pose Adam Thiam, éditorialiste  qui nous interroge sérieusement sur le bien-fondé de la cérémonie de ce vendredi : «L’Etat malien qui signera avec la Plateforme et la Communauté internationale n’est pas en guerre avec celles-ci. Et ceux avec lesquels il est en guerre seront non seulement absents, mais en désaccord avec…l’accord ». Donc, on n’est pas très sûr  de ce qui peut arriver le jour J, mais on reste persuader que l’Etat signe par principe de réalité. Sinon, s’il avait le choix, il n’aurait peut-être jamais signé un accord d’une aussi grande gravité pour son avenir. Face donc au principe de réalité, l’Etat aurait puis opposé un principe d’équilibre qui accorderait les mêmes droits et les mêmes privilèges à tous les maliens, du Nord comme du Sud. Car le malien lambda est convaincu que le rebelle touareg est moins méritant que le brave paysan Bo qui, malgré ses difficultés, reste fidèle à l’engagement national. C’est pourquoi, malgré les marches de protestations, les pancartes chauvins passionnées, l’agitation électronique d’internautes chauvins, les débats houleux dans les « grin » le gouvernement et avec lui la majorité des maliens adhèrent à cet accord. Non pas parce que nous sommes un pays sous tutelle, mais surtout que nous sommes un pays sous surveillance. La MINUSMA, « Barkhane», ainsi que toutes les interventions internationales en faveur de notre pays nous engage aux côtés de la communauté internationale.

Une approche consensuelle :

Jusqu’à preuve du contraire, nous pensons que le paraphe était biaisé par la CMA depuis le début du processus. Car les plus extrémistes de ses membres continuent de revendiquer l’indépendance totale de l’Azawad. D’où ce regain de violence.

Il apparait  évident aux yeux de tout observateur même moyennement averti que la CMA n’est aujourd’hui pas encore prêt de parapher. Et jusqu’au moment où j’écris ce billet, on ne connait pas encore ces membres qui se rallieraient à l’accord. Car on sait que l’aile militaire du MNLA (Mouvement National de Liberation de L’Azawad) ne nourrit aucune hâte à intégrer les forces régulières et à se voir disperser hors d’un territoire qu’elle pense contrôler. Et pour ce qui est du HCUA, on sait aussi qu’il ne se satisferait jamais d’un accord qui laisserait en pointillé le sort d’Iyad Ag Ghali

Il nous faut donc approcher l’avenir de notre pays dans un esprit consensuel. Aujourd’hui le challenge que nous avons à révéler a atteint une complexité supérieure à celle des défis proposés par le passé. Nous nous rappelons que la solution militaire s’est le plus souvent révéler inopérante dans la résolution des récurrentes crises au Nord. C’est pourquoi, aujourd’hui la plus grosse difficulté consiste à convaincre la majorité silencieuse de maliens de la nécessité d’accepter l’accord. On le sait d’ailleurs, qu’à part Soumana Sacko, l’opposition malgré ses virulentes critiques, n’appelle plus à rejeter « Alger ».  Et depuis la position de l’une ses figures et non des moindres a considérable évolué au point qu’il considère désormais Alger via Bamako comme une étape vers la paix. C’est donc ensemble que nous emprunterons le chemin vers la paix. Car comme l’écrit Gaoussou Drabo, Journaliste et ancien Ministre de la communication le défi aujourd’hui est de transformer toutes nos hantises en investissement positif dans la multitude de défis qui suivront la signature. Et qui devraient réconforter la Nation malienne. Mais après tout un accord de façade vaut mieux que pas d’accord du tout.

Donc vivement un vendredi historique pour la paix et la réconciliation au Mali.

Nouvelle guerre au Nord du Mali !

Images, creative common

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Malgré la promesse du paraphe de l’accord d’Alger le 15 mai 2015 à Bamako, les bruits de bottes se font entendre de nouveau dans la partie septentrionale du pays . Il s’agirait bien de la réponse à l’affront de Menaka du 27 avril dernier d’où le Gatia (Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés) avait délogé le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad). En effet la riposte n’a pas tardé : Goudam et Léré ont été attaqués par la rébellion. Deux attaques qui ont fait des victimes militaires et civiles. En les revendiquant, la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad)  vise délibérément l’Etat malien. Et encore dans la nuit de mardi, 5 mai 2015 ce fut Tenekoun, dans le centre du pays qui a été le théâtre d’affrontement entre les Famas et les éléments de la CMA. Une chose est sure, ces évènements viennent renforcer la confusion qu’il y a autour d’un possible paraphe de l’accord d’Alger par la CMA. Il est évident qu’aujourd’hui nous sommes en face de vérités nouvelles qui confirment nos anciens diagnostics, sans pour autant nous aider à élucider l’avenir. Désormais, nous entamons une période d’incertitude inspirée d’une impasse imprévisible et improbable. La CMA, surtout sa frange extrémiste n’est-elle pas en train de profiter de l’occasion pour raviver une logique d’affrontement en arguant du « manque de sincérité du gouvernement ». Comme c’est d’usage dans les communiqués du MNLA.

Le conflit n’est toujours pas fini au nord du Mali

Nous avons fini par comprendre définitivement que rien n’est prévisible et même logique dans ce qui peut arriver dans notre pays, particulièrement dans sa partie septentrionale. Depuis 2012, nous sommes passés par toutes les épreuves. Et aujourd’hui du plus profond d’eux-mêmes, les Maliens aspirent ardemment à un minimum de certitudes sur le devenir du pays. Hélas ce vœu attendra encore d’être exaucé. Car la présentation des derniers évènements, particulièrement depuis le paraphe de l’accord d’Alger par le gouvernement, prend une tournure guerrière. Cette nouvelle tournure pourrait faire voler en éclats l’espoir d’une signature le 15 mai prochain tant le clan des partisans de l’affrontement au sein de la CMA apparaît dominant. Il est évident que ce mouvement est désormais plus proche du treillis que du paraphe. Même si le contexte diffère de celui 2012 qui avait vu le nord du Mali tomber sous le joug d’une rébellion politique appuyée de ses alliés intégristes salafistes, qui pour finir l’avait chassée.

La présence de l’ONU et des forces françaises devraient limiter les risques de l’embrasement ou la réédition du cauchemar vécu. Qu’à cela  ne tienne, nous constatons que toutes les trêves sont rompues, tous les accords sont violés, des vies sont en danger : celles de civils comme celles de militaires.   Seule l’interposition des forces neutres peut sauver les meubles. En attendant, le conflit au Nord n’est toujours pas fini. Toute la nation entière semble suspendue à cela. Et les récentes attaques dans la région de Mopti ajoute le centre du pays à la mêlée.

Et maintenant, comment trouver la juste approche pour que la CMA paraphe l’accord d’Alger ?

Il apparaît prématuré de croire que les accrochages récents constituent une flambée circonstancielle et on espère que l’on reviendra assez rapidement à la situation qui prévalait après le dernier accord de cessation des hostilités signé le 19 février dernier à  Alger.  Pour l’heure , il faut assurer la sécurité et maintenir l’ordre au Nord ave l’aide des forces onusiennes. Mais l’expérience démontre qu’une telle mission semble au-dessus du degré d’implication des casques bleus. Car et compte tenu de leurs sous- équipements, ils ne risqueront jamais d’engager une confrontation directe avec un groupe armé qui ne pense qu’à réinvestir le Nord dont il rêve, depuis toujours de faire un Etat : le fameux Etat d’Azawad.  Reste maintenant une seule alternative qui s’impose ; celle de mettre fin à la passivité forcée de l’armée malienne. Ce palliatif a peu de chances d’aboutir avant la signature définitive de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali.

Et c’est sur ce point que je termine avec mon propose. La médiation n’a plus beaucoup de choix que d’attendre le jour J, le 15 mai prochain. Point besoin de tergiverser, car cela n’enverrait qu’un mauvais signal à l’aile dure de la CMA qui, à mon humble avis, n’a jamais emprunté le chemin de la réconciliation et de la paix