Crise malienne, pourquoi les vieux démons se réveillent-ils ?

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Fondamentalement, rien d’étonnant ! Sauf qu’une semaine après le parachèvement du processus de signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, les terroristes qui n’ont toujours pas lâché du lest ont, comme par leur habitude multiplié les attaques en privilégiant le spectaculaire et l’imprévu. Sans doute que les Maliens auront encore à parcourir un long et difficile chemin pour recouvrer un niveau acceptable de sécurité.

De l’intimidation, de la provoc, les djihadistes se font entendre à nouveau

Toujours le même mode opératoire : la recherche du spectaculaire et de l’imprévisible caractérise toutes les actions terroristes perpétrées jusque-là au Mali. On se rappelle des premiers attentats-suicides sur le sol malien. Puis s’en sont suivis d’autres de fortes ampleurs avec la tentative d’assassinat du général Mohamed Abderrahmane Ould Meydou et la tuerie (très spectaculaire et très imprévisible) du restaurant « La Terrasse », toutes deux au cœur de Bamako. Aujourd’hui, nous en sommes certainement à la phase préoccupante, notamment avec la série de raids meurtriers dans la zone du Macina au centre, sans oublier le déchaînement du mois d’avril qui a enregistré une série d’attaques sur les camps de la Minusma et de Barkhane. En essayant de piéger le convoi du responsable des forces armées et celui de la sécurité de la Mission onusienne en tournée d’inspection sur le trajet Tombouctou-Teherdge, les terroristes ont montré qu’ils avaient des réseaux de renseignement. Plus inquiétant encore, ce sont ces attaques dans le Sud, là où personne ne s’y attendait, à Misséni et à Fakola très loin de ce qu’on pourrait appeler son fief. Et pas plus tard que vendredi, elle est réapparue sur un terrain qu’elle a longtemps pratiqué dans le Sahel occidental près de la frontière mauritanienne.

On aura compris que depuis trois mois, les signaux n’ont pas manqué sur le retour en force des terroristes et leur volonté manifeste d’exercer une pression continue sur les forces maliennes et internationales. Mais ne nous méprenons pas, on devrait s’y attendre à ce regain de violence. Car, l’instabilité qui a prévalu au Nord s’est propagée dans le pays jusqu’aux endroits les plus inattendus. Certes, le projet des terroristes de s’installer durablement au Mali. C’est vrai que le Mali a connu le statut peu enviable de pays sous occupation. Ce qui est le cas en Irak et en Syrie avec Daesh. En occupant le septentrion malien, les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique évoluaient sur un territoire important. L’émir Droukdel avait aussi envisagé l’édification d’un « Khalifat » sur un espace  couvrant tout le nord du Mali et une partie de la région de Mopti. Rappelons que le plan détaillé de ce projet avait été retrouvé à Tombouctou après la débâcle des occupants. Il y était question de la mise en place d’un Etat similaire à celui édifié par Daesh. Notre pays, même à une échelle nettement moindre que la Syrie ou l’Irak, a failli devenir une terre de djihad qui aurait certainement attiré les combattants venant du monde entier si le Nord n’avait pas été libéré à temps.

Pour toutes ces raisons, les terroristes qui ont occupé le nord du Mali poursuivent un projet inabouti, et continuent de frapper inopinément et ostensiblement. Cependant, malgré le 20 juin, date de la signature de l’accord par la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), il nous faut évaluer la juste mesure de nos difficultés. Oui, il serait long le chemin qui nous mènera à une paix totale et définitive. L’accord doit être respecté pour que renaisse le Mali. Nous possédons là un précieux avantage de pouvoir en finir avec ces groupuscules de la terreur.

Paraphe de l’accord d’Alger : un acte de raison et d’engagement pour la paix au Mali

Image, créative Commons

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Il est prévu par la médiation de faire signer l’accord d’Alger le 15 mai prochain à Bamako. Il s’agit pour elle de clore définitivement avec la très mauvaise séquence qui a failli ébranler ce fameux accord. Mais bon,comme le dit ce proverbe « Bamanan » : « Mieux vaut avoir quelque chose dans la bouche que d’avoir la bouche complètement vide », pour dire que nous contenterons bien de cet accord malgré ces imperfections. Car il s’agirait bien d’un acte de raison et d’engagement pour la paix et la réconciliation au Mali.

Un acte de raison 

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise profonde dont il peine à sortir. Il y a eu le réveil de cette rébellion touarègue au tout début de l’année 2012 qui a ouvert les portes d’une succession événements tragiques, d’épisodes dramatiques et de tensions de toute nature qui n’ont fait que troubler le quotidien des Maliens. Nous sommes résolument convaincus qu’il est inutile de revenir à chaque fois sur la longue liste de nos malheurs de ces trois dernières années, mais nous devons prendre le temps d’analyser. Analyser les causes de la crise actuelle en vue d’apporter nécessairement des solutions durables. Car, malgré notre résilience reconnue, l’horizon tarde à se dégager. C’est pourquoi, en dépit de nos nombreuses réserves vis-à-vis de cet accord, nous l’avons unanimement accepté.  Nous l’avons accepté pour avancer ensemble dans le souci commun de réduire les périls, de réhabiliter le vivre ensemble, de redresser l’économie nationale, bref d’emprunter enfin le chemin du développement. Loin donc de la résignation, les Maliens ont opté pour l’accalmie inspirée d’un immense désir de tranquillité, d’une intense demande de sécurité et d’une forte envie de retrouver le vivre ensemble. Au détour de la lassitude à perdurer dans l’incertitude, les Maliens veulent voir le début d’un redressement de leur situation. Donc, la signature du 15 mai répond à une nécessité de la raison. La raison pour éviter une déstabilisation pérenne et accentuée de toute la partie nord du Mali. Mais au-delà, il faut aussi signer pour s’engager. S’engager résolument à lutter contre le terrorisme renaissant.

Un acte d’engagement

Il nous faut avoir la juste réponse à la renaissance du terrorisme au nord du Mali. Plus que jamais la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) doit mettre fin à ses foucades pour parapher l’accord d’Alger. Car il nous parvient des échos de terreur du Nord. On sait que Serval et plus tard la Minusma n’ont par réussi à mettre totalement en débandade le Mujao et ses autres alliés. Et ces dernières semaines, ils ont multiplié les attentats. Du nord au sud en passant par le centre, ils sont parvenus à répandre la psychose. Pour entretenir les espoirs que porte le futur accord de Bamako,  il convient pour la CMA de rejoindre les autres compatriotes afin de lutter contre le terrorisme renaissant. Il y va de sa crédibilité.

La nouvelle donne au Nord fait remarquer le retour en puissance du Mujao qui s’appuie désormais sur des sympathies locales en réveillant ces cellules locales. Plus que par le passé ces dernières sont de nouveau opérationnelles avec un mode d’actions bien adaptées à la situation. Des motos remplacent les pick-up ; les attaques de convois de ravitaillement et les attentats-suicide sont en train de remplacer les affrontements directs avec l’armée malienne. La situation bascule en cauchemar aussi bien au Nord qu’à Bamako et dans le centre. Pour toutes ces raisons notamment, mettre un terme à ces agissements inutiles s’impose, car c’est ensemble qu’il faut apporter la juste solution au danger renaissant.

Il est souhaitable que les ultimes efforts de la médiation d’ici le 15 soient payants. Quelle que soit la fragilité d’une solution négociée, elle aura le mérite d’éviter une déstabilisation accentuée d’une partie, ou même l’ensemble, de notre pays et l’imminence d’un nouveau cycle d’incertitude. Pour réussir, les médiateurs espèrent compter sur toutes les bonnes volontés du nord du Mal et de toute la nation malienne.

Malgré tout, nous n’allons pas nous voiler la face, il est possible que le 15 mai n’ait pas lieu. Un tout autre scénario paraît plausible tant le caractère irrédentiste de certains extrémistes touaregs pourra faire voler en éclats l’espoir de toute une nation. Mais pour l’avenir du Mali, la CMA doit nécessairement être raisonnable et réaliste pour parapher en vue d’engager aux côtés du gouvernement une lutte résolue contre le terrorisme renaissant qui pourrait briser tous nos espoirs.

Le Mali en convalescence, la culture en renaissance !

 

Crédit Photo: Michel

Crédit Photo : Michel

Point besoin de rappeler que notre pays a connu une crise grave et profonde dont il peine à sortir. Point besoin non plus de rappeler que cette crise a affecté la vie culturelle malienne obligeant les acteurs culturels à marquer une longue et difficile pause. Et les récents soubresauts militaires au nord du pays et son écho politique au sud ne sont pas de nature à faciliter le retour d’une paix durable, donc d’une activité culturelle normale. Qu’à cela ne tienne, -le succès de l’opération Serval qui a permis de chasser les djihadistes du Nord, le déploiement d’une mission de stabilisation des Nations unies et la bonne tenue de l’élection présidentielle qui a permis le retour à une vie constitutionnelle normale-, ont donné des raisons d’espérer aux acteurs culturels qui, du coup, se sont remis au travail. Ainsi, dans la perspective de rattraper le temps perdu, les événements culturels ont repris de plus belle. Les espaces culturels à Bamako et dans les grandes villes du Sud ont retrouvé leurs ambiances d’autrefois.

Le retour de la stabilité politique fait renaître la culture.  

Des programmations de spectacles qui fusent, des festivals en cours et des projets en vue, des artistes qui, depuis quelques mois, ont recommencé à se produire sur les scènes à Bamako et dans les grandes villes du Sud-Mali, on peut bel et bien dire que la culture malienne renaît et reprend son envol pour le plaisir de tous.

Le Mali est un pays éminemment culturel, et la culture constitue un pan entier de l’économie malienne. Ainsi quand elle est en panne, l’économie en subit un coup. Des milliers de Maliens vivent de la culture : des artistes aux médias en passant par les intermittents ou encore les espaces de loisirs. Donc pour la survie et le bonheur de tout ce petit monde, les autorités se doivent de travailler à davantage de stabilité dans le pays. On se rappelle encore du rayonnement culturel qu’a connu le Mali ces dix dernières années à travers des festivals de rang international comme celui sur le désert, ou encore celui sur le Niger, pour ne citer que ces deux manifestations.

Mais que dire de cette attaque terroriste à « La Terrasse »

Bar-restaurant situé au cœur de la ville de Bamako, dans le quartier résidentiel de l’hippodrome, « La Terrasse » a été la cible d’une attaque terroriste faisant 5 morts et de nombreux blessés. Cette fusillade intervint dans la nuit du 6 au 7 mars plongeant Bamako et tout le pays dans une stupeur, une tristesse et un état de choc total. Il faut dire que depuis l’intervention française qui a chassé les djihadistes, on redoutait un tel scénario. Cependant, l’élection présidentielle qui installa IBK à Koulouba, les négociations de paix prometteuses avec les groupes armés du Nord à Alger, on fait espérer à un éventuel retour à la normale . Donc, c’est en cours de rédaction de cet article qu’intervient cet incident grave qui pourrait replonger encore ce pays dans le chaos. Je plains les artistes, notamment musiciens qui commençaient à voir une lueur, de retomber dans la galère de laquelle ils sortaient progressivement.

Oui, cette attaque laisse planer le spectre du chaos pour un pays qui vit entre désespoir et déprime. Et qui malgré tout se donnait le droit d’espérer. Mais après cet acte ignoble, l’avenir apparaît plus qu’incertain.