Zimbabwe, un pays qui agonise au su et au vu de tous !

Carte Zimbabwe, crédit Wikipédia

Carte Zimbabwe, crédit Wikipédia

 

J’aurais aimé titré ce billet : « Analyse géopolitique de la crise zimbabwéenne ». Sauf qu’étant à des milieux de kilomètres de ce pays, il apparaît très prétentieux de ma part de livrer une analyse objective de la situation. Cependant, compte tenu de ma passion pour ce pays et son président et l’intérêt que j’ai pour cet espace géopolitique, j’ai tenté de cerner les contours de la grave crise que traverse ce pays à travers les échos qui nous parviennent.

De prime à bord, ce qui frappe lorsqu’on aborde une réflexion sur le Zimbabwe, c’est la dichotomie qui a caractérisé et qui continue de caractériser sa vie politique, sociale et économique sur fond de conflit foncier. Un conflit foncier issu d’une mauvaise répartition des terres datant de la colonisation.

Pays enclavé d’Afrique Australe, le Zimbabwe a pour capitale Harare. Il est bordé au nord par la Zambie, à l’est par le Mozambique, au sud par l’Afrique du Sud et au sud-ouest par le Botswana. Zone d’expansion britannique à la fin du XIXe siècle, l’actuel Zimbabwe devient tour à tour : colonie de la Couronne sous le nom de Rhodésie du Sud, puis rebaptisé tout court en 1964, du fait de l’indépendance, sous le nom de Zambie, puis de la Rhodésie du Nord.

C’est à la suite d’un long et complexe processus de décolonisation que le Zimbabwe, désormais appellation officielle de cet Etat, accède à l’indépendance seulement en 1980. Il s’agit ici d’un espace particulièrement convoité, à la fois pour lui-même et pour sa position stratégique. On l’aura compris, ce territoire a suscité et continue de susciter bien des positions contradictoires qui ont pour principal enjeu la domination politique. Ainsi donc, entre les mythes des origines en passant par les sagas des luttes héroïques qui opposèrent les uns et les autres, le Zimbabwe conserve ses croyances relatives au droit à la terre.

Au-delà de toute réflexion passionnelle, comment comprendre la dérive autoritaire du régime postcolonial et la lourde faillite du pays ? Est-ce dû à Robert Mugabe et son système piloté par la toute puissante « Zanu-PF (Zimbabwe African National Union), en place depuis 1980 ? Ou même comme le pensent beaucoup d’Africains, serait-ce un complot international pour évincer Mugabe le nationaliste du pouvoir ? C’est bien à ce niveau que l’on retrouve toute la contradiction des discours sur le Zimbabwe. Mais qu’en est-il de ce pays, jadis prometteur, mais aujourd’hui agonisant!

La situation au Zimbabwe se situe entre d’une part un Mugabe qui se radicalise et opte pour la dictature, et d’autre part  une opposition qui se présente en pourfendeur systématique de ce régime, et qui du coup passe pour être à la solde de l’Occident. Mais cela n’a pas toujours été le cas, car  il y a deux temps sous le règne de Robert Mugabe !

Le temps du respectable Mugabe !

Il est certes bien loin le temps du Mugabe respectable. Rappelons-nous, au lendemain de l’indépendance du Zimbabwe en 1980, Robert Gabriel Mugabe,- ancien instituteur élevé chez les jésuites, titulaire de sept diplômes universitaires-, est un héros. C’est le tombeur du régime raciste de l’ex-Rhodésie britannique au prix notamment de onze années d’emprisonnement. On se rappelle encore de cet affront qu’il ne peut oublier, durant sa captivité il subit un drame familial, la perte de son jeune fils. Et  l’administration ne l’autoriser pas à assister aux funérailles, ce qui renforcera son statut d’icône. Malgré, toutes ces blessures du régime colonial, Mugabe à son arrivé à la tête du pays promet la réconciliation raciale. « Restez avec nous et construisons une nation » lance-t-il aux Blancs. Il fait unanimité auprès des Occidentaux qui entendent faire de lui leur nouveau chouchou pour contrer l’influence soviétique en Afrique. Ainsi, il sera amadoué et flatté partout ou il passe en Occident : Ronald Reagan le reçoit même à la Maison Blanche  en lui lançant : « Vous incarnez un leadership intelligent ». Il partage le thé avec Margaret Thatcher et la reine Elisabeth II lui décerne le titre de « chevalier d’honneur ». C’est en ce moment précis que le Zimbabwe émerge. Les céréales zimbabwéennes inondent l’Europe. Ses mines d’or, de platine et de diamants sont exploitées à plein régime et ses universités forment parmi les meilleurs ingénieurs et médecins du monde… . Bref le pays était à son apogée ? « C’était le paradis », se souvient un homme d’affaires. Mais comment un pays émergent s’est-il retrouvé dans ce cauchemar ?

Mugabe, le démolisseur du Zimbabwe !

Ce sous-titre apparaîtra peut-être injuste aux yeux de nombreux admirateurs du vieux loin.

Tout commence au milieu des années 80, Mugabe, le représentant de l’ethnie shona fait massacrer massivement les Ndebele, l’ethnie minoritaire (Bilan entre 10 000 et 20 000 morts) sous l’œil complaisant de la communauté internationale. Ce fut un tournant, car à partir de cet instant Mugabe tombe dans une paranoïa sanguinaire. En 2000 Mugabe perd un référendum destiné à accroître ses pouvoirs. Il est désavoué par son peuple. Mais il s’en prend aux fermiers blancs qu’il désigne comme coupable de ce revers. C’est le début des expropriations et la descente aux enfers. Ainsi, le Zimbabwe perd sa réputation de grenier de la région. Les grandes exploitations perdent 90% de leur productivité. En l’espace d’une décennie, l’économie zimbabwéenne sombre, étranglée par une inflation démesurée (165 000 %, selon le chiffre officiel ; et 2 000 000 %, selon l’estimation officieuse). Les prix de certaines denrées de première nécessité ont flambé. Les organisations internationales non gouvernementales et les agences onusiennes dressent des rapports alarmants. En 2009, elles estimaient que 5 millions de Zimbabwéens sur 12 souffraient de problèmes alimentaires. Conséquences de ce cauchemar, le pays se vide. Les Zimbabwéens fuient vers les pays voisins, et un peu partout dans le monde. En deux décennies, le grand Zimbabwe, pays émergent est à genoux ; mieux agonise sans que personne ne lève le petit doigt ou ne lance un cri d’alarme.

Le pays croule, mais Mugabe demeure inflexible. Cependant, Mugabe est accepté de ses pairs africains, et parfois adulé par une bonne frange de la jeunesse africaine. Ces jeunes voient en lui un bel exemple de panafricaniste. Ils trouvent en lui le héros qui a restitué les terres zimbabwéennes aux vrais Zimbabwéens. C’est pourquoi ils ont du mal à comprendre l’attitude de l’Occident qui à un moment donné adulait Mugabe même s’ il massacrait les siens. Mais dès qu’il s’en est pris aux fermiers blancs, on l’a traité de tous les noms. Et pendant qu’on se contrarie sur le régime Mugabe et de la Zanu-PF, le Zimbabwe se consume et meurt à petit feu.

A ce rythme le Zimbabwe est loin de se tirer d’affaire pas plus que l’Afrique. Une Afrique qui reste suspendue aux puissances occidentales pour avancer. Et le Zimbabwe, c’est l’illustration parfaite d’une Afrique suicidaire et meurtrie, à la limite refusant le développement. Hey les gars, c’est juste un point de vue, les vôtres seront les bienvenus !