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À Bamako tout augmente sauf le salaire

Des bamakois contraints de rentrer à pied faute de SOTRAMA ( Source: http://news.abamako.com

Des bamakois contraints de rentrer à pied ou de se faire transporter à Moto, ou encore en cotisant pour se payer un taxi faute de SOTRAMA ( Source: http://news.abamako.com)

Lundi 25 Mars 2013, j’ai failli rentrer chez moi à pied n’eut été le recours d’un ami qui est venu me chercher à mon travail pour m’amener à la maison. Je vous informe que la distance qui sépare mon lieu de travail à mon domicile est d’environ 15 km ; et vous imaginez la galère qui m’attendait s’il me fallait cravacher cette distance à pied sous la chaleur ardente de Bamako. Tout ça à cause d’une grève inopinée des SOTRAMA qui ont été bien obligé de s’arrêter face à la furie des usagers qui n’ont pas pu gober la récente augmentation des prix de transports interurbain.

L’épilogue de l’histoire, c’est cette grève des SOTRAMA (Société des Transports du Mali, constitué pour la plupart de minibus en charge du transport urbain et périurbain) consécutive à cette augmentation de 35% des tarifs du transport interurbain bamakois. La coordination du syndicat nationale des transporteurs et conducteurs du Mali a décidé de procéder à cette augmentation en raison de la hausse remarquable des prix du carburant. Ainsi de 2010 à nos jours, le prix du carburant à la pompe a fait un bon de 40F CFA passant par exemple de 590F CFA pour le Gasoil à 630F CFA. Cet état de fait pour les transporteurs constitue un manque à gagner considérable. Donc il urgeait d’augmenter et cela peut bien se comprendre, mais ce qui à heurté les bamakois c’est le taux d’augmentation qui à, par exemple, fait passer le tarif habituelle -qui me faisait faire ma rotation quotidienne domicile-travail-domicile- de 275F CFA à 375F CFA.

Cette histoire et biens d’autres histoires similaires liées à la vie chère à Bamako m’ont inspiré ce billet. Vivre à Bamako par ces temps relève d’un parcours de combattant. Je vous dis et sans ambages que tout devient cher à Bamako, même le parking. Pas plus tard que le week-end dernier j’ai été surpris de l’augmentation du prix dans un parking au grand marché de Bamako. En effet, c’est passé du simple au double c’est à dire de 100F CFA à 200F CFA. C’est donc cette frénésie des prix que vit desormais le Bamakois. On se rappelle encore qu’en debut 2013, le prix du gaz butane à augmenter passant de 2000F CFA à 3500F CFA, suivra celui du charbon de bois qui est passé de 2500F CFA le sac à 4500F CFA. La viande n’en parlons pas. Quant aux poissonx, le prix s’était maintenu, jusqu’à ce week-end quand j’ai appris avec mon poissonnier  qu’eux aussi à leur tour venait d’augmenter. je rappelle que malgré la presence de deux fleuves les plus importants d’Afrique au Mali (le fleuve Niger et le Fleuve Sénégal), c’est le poisson importé du Sénégal qui est principalement consommé à Bamako.

La seule mesure qui peut faire face à cette vie chère reste naturellement l’augmentation du revenu des populations qui, depuis des années, n’as pas bougé d’un iota,  surtout en ce qui concerne le fonctionnaire de l’Etat. Ce dernier, déjà mal rémunéré, devra désormais faire face à cette spirale des prix.

A ce rythme, Bamako fonce tout droit vers une crise sociale qui pourrait avoir de graves conséquences. Car comme le dit un ami : « Bamako ne rime pas avec galère, car celui qui n’as pas d’argent ne peut pas savourer les délices bamakoises »

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Que reste t-il de révolution de Mars 1991 au Mali ?

Amadou Toumani Touré. REUTERS/Toussaint Kluiters/United Photos/Files

Amadou Toumani Touré.
REUTERS/Toussaint Kluiters/United Photos/Files

 

22 ans après le soulèvement populaire qui a abouti à la chute du Général Moussa Traoré, le Mali aura soufflé le chaud et le froid. Je me rappelle encore de ces évènements comme si c’était aujourd’hui. Il y avait chez les maliens à cette période une forte volonté de changement. Ils voulaient coute que coute se libérer du joug de 23 ans de Dictature du Général Moussa Traoré.

Indépendant depuis le 22 septembre 1960, la jeune République du Mali, avec à sa tête Modibo Keita, choisit de rompre définitivement avec la France (ex-puissance coloniale) en optant pour un régime socialiste. Ainsi, très vite comme à l’image de nombreux régimes socialistes et apparentés, ce régime dérive dans la dictature. Ce qui tout naturellement va aboutir à un coup d’Etat intervenu le 2 Novembre 1968. A la suite de ce Coup d’Etat un groupe de jeune officier avec à leur tête le lieutenant Moussa Traore s’empare du pouvoir et instaure un Comite Militaire de Libération Nationale (CMLN). Ils promettent de remettre le pouvoir aux civils juste après une période transitoire très brève. Mais en fin de compte, ils y resteront 23 ans durant.

L’année 1991 démarre sous de mauvais auspices pour le régime fatigué et obsolète du général Moussa Traoré. Le peuple aspire à la liberté et revendique le multipartisme. Mais le président refuse d’abdiquer et oppose à la volonté populaire une répression sanglante. Face à ce état de fait, un groupe d’officier avec à leur tête le Lieutenant Colonel Amadou Toumani Touré arrête le président Moussa Traoré et instaure un régime transitoire sous la houlette du Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP). Contrairement à Moussa, ATT mène la transition à bon port en cédant le pouvoir à un civil élu démocratiquement, en l’occurrence Alpha Oumar Konaré qui est investi pour son premier mandat le 08 Juin 1992. Suivra un second mandat à l’issue duquel il cède son fauteuil à son tour au revenant ATT. Ce dernier investit pour son premier mandat le 08 Juin 2002 empilera un second mandat. A partir de cet instant, va s’écrire une nouvelle page de l’odyssée malienne. On parle désormais d’une démocratie exemplaire. Partout dans le monde,  le modèle malien séduit et inspire de nombreux pays. Les idéaux de la Révolution de Mars 1991 semble prendre l’envol. Plus que jamais les libertés individuelles sont un acquis, la démocratie est en construction malgré quelques soubresauts. Fort de ces acquits, le pays semble être dans une dynamique positive jusqu’à ce Coup d’Etat du 22 Mars 2012, le 3è de son histoire. Mais comment en est t-il arrivé là ? Qu’est ce qui peut expliquer l’effondrement d’un régime démocratique en place depuis près de 20 ans ?

Mais avant de comprendre les raisons de cette crise sans précédent que connait le pays, revenons un peu sur ce fameux coup du 22 Mars 2012. En effet, ce Coup d’Etat, en plus d’accoucher d’une crise politico-institutionnelle à Bamako, va précipiter la chute des 3 régions du Nord (Gao, Tombouctou et Kidal). Ainsi, des groupes armés constitués des rebelles du Mouvement Nationale de Libération de l’Azawad (MNLA) et leurs alliés djihadistes d’Ançar Eddine d’Iyad Ag Ghaly, d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et du Mouvement pour l’Unicité et Djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) s’empareront des trois quarts (¾) du territoire national. Pour la première fois de son histoire, le Mali fait face à une crise d’une gravité particulière dont l’élément déclencheur fut sans aucun doute le Coup d’Etat du 22 Mars 2012. Un an déjà après ce Coup d’Etat chaotique, on est en droit de se demander pourquoi ? Pourquoi avoir chassé par la force un président qui ne jurait que de partir ?

Mais à la veille du 22 anniversaire de la Révolution malienne de Mars 1991, il est évident que les uns et les autres soient à la recherche d’explication sur ce qui s’est réellement passé avec ATT. Cet homme, jadis adulé, héros du 26 Mars, faiseur de paix s’est montré impuissant face à ce qui se tramait depuis quelques au Nord Mali.

Avec le recul, on peut comprendre que cette crise malienne n’est pas anodine et qu’elle est suite logique de disfonctionnements te de manquements dans la gestion d’ATT. Le général Amadou Toumani Touré, après les deux mandats d’Alpha Oumar Konaré, accède à la magistrature suprême à la suite d’élection jugée crédible. A sa prise de fonction le 8 juin 2002, le candidat indépendant qu’il fut, innove et instaure un mode de gestion atypique et inédite fondé sur le consensus. C’est là un principe tout aussi atypique  qui cachait bien de réalités et considérations personnelles de courtisans qui formaient les convives autour de la table du banquet présidentiel. Autour donc, du chef, des hommes et femmes incapables d’orienter, de conseiller et même de s’opposer pour la sauvegarde de l’intérêt suprême du Mali. La gymnastique au sein de l’échiquier politique malien frisait le désespoir. Le système en place avait étalé toutes ces limites. On le voyait bien que les ambitions personnelles des uns et des autres, dans la perspective des élections présidentielles et législatives, finissaient d’aiguiser les appétits ; la règle d’or étant désormais chacun pour soi Dieu pour moi. On l’aura bien compris que dans ce règne du consensus chacun défend ses intérêts et tant pis pour le peuple naïf qui croyait qu’il s’agirait de sacrifier l’intérêt supérieur des responsables sur l’autel de celui du peuple, qui, en temps normal, est le véritable détendeur du pouvoir en démocratie. Donc, à Bamako avec ce lot de mensonges et d’hypocrisie, on sentait bien que tout pouvait arriver à tout moment y compris la chute du régime  qui, d’ailleurs, ne tenait plus que sur un seul pied.

A ses soubresauts politiques du Sud, s’ajoutait le problème sécuritaire au Nord qui n’allait certainement pas raté d’achever un régime déjà boiteux. On savait que la situation qui prévalait au Nord depuis quelques mois n’allaient pas tarder à faire parler d’elle de la manière la plus violente qu’on ne l’imagine. En effet, les échos en provenance du Nord étaient loin d’être réjouissant. L’arrivé massive de combattant en provenance de Libye  faisait peser une réelle menace pour la stabilité du pays qui déjà faisait face à des récriminations de touaregs dont il n’était plus un secret qu’ils tramaient une nouvelle rébellion  avec surtout l’appuie d’officier intégrés au sein de l’armée malienne ayant déserté avec les moyens de l’état mis à leur disposition. Tout y était réuni pour comprendre que quelque chose allait se passer. En dépit des velléités belliqueuses des revenants de la Libye, le gouvernement d’ATT avait joué à l’apaisement en leur accueillant avec armes et bagages. Ce qui faisait dirent à de nombreux observateurs que la guerre était désormais inévitable au Mali. Le président ATT avait lui-même senti le danger venir lorsque les forces coalisées avaient commencé à frapper la Libye. Il s’est d’ailleurs à plusieurs reprises plaint de la possible prolifération des armes libyennes qui pourraient contribuer à la déstabilisation de l’ensemble de la région du Sahel.

Dans tous les cas, grâce à son laxisme patent, le président ATT aura brisé les rêves et les idéaux portés par la révolution de Mars 1991. On l’aura compris, l’homme du 26 Mars 1991, le héros de toute une génération de malien, l’icône ATT aura laissé la place à un vieillard vieillissant avec en fin de compte des idées sombres pour la gestion du pays. En dépit des obstacles, le Mali continue sa route pour atteindre les objectifs de construction d’un Etat véritablement démocratique. Malgré l’incident de parcours, nous reprendrons le combat pour que le Mali libre et démocratique soit. Les sangs coulés pendant la révolution de Mars 1991 ne seront pas vains.

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Polygamie : de Dieu et des hommes, l’autre calvaire des femmes maliennes !

images le figaro.fr, 26/04/2010

images le figaro.fr, 26/04/2010

Il s’agit là d’une pratique ancienne qui s’inspirerait du Coran (Livre saint de l’islam) et des us et coutumes maliens. Mais sachez le tout de suite, la polygamie, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est la cause principale de dislocation de nombreuses familles au Mali d’où l’intérêt de s’y attarder un moment.

Je ne suis pas moi-même issu d’une famille polygame, et cela peut se comprendre aisément pour la simple raison que je suis chrétien et que cette religion proscrit la polygamie. Cependant, j’en ai côtoyée des familles polygames. Et c’est pour attirer l’attention sur une pratique qui fait souffrir le martyre pour de nombreuses femmes que je me suis décidé à rédiger ce billet.

A la limite, je suis tenté de dénoncer abjectement l’origine religieuse de cette pratique tant le tableau qu’elle offre semble venir d’un autre temps. Je me rappelle encore de cette famille polygame voisine de la notre à Ségou. Une famille qui a croulé sous l’imposant poids de la polygamie. Je ne vous parle pas de toutes les fois ou mes parents ont du intervenir pour apporter le calme dans cette famille qui se donnait perpétuellement en spectacle dans notre carré (appellation courante au Mali des habitations d’une même rue). Le vieux Konaté d’apparence calme et très bon musulman se voulait un chef de famille responsable. Sauf qu’en se mariant à deux femmes il se doutait peu des complications qui vont avec. Il va de soi que la polygamie soit pleine de conséquence néfaste. Elle à l’origine de nombreuses dissidences entre couples, amène le trouble dans de nombreux foyers. C’est difficile de croire que des coépouses puissent s’entendre et s’aimer. Pour en venir au cas spécifique de la famille Konaté, je vous avoue que la polygamie y a causé de nombreuses fractures jusqu’aux enfants. Ainsi, les enfants du même homme sont devenus plus adversaire que frère, ne partageant ni maison ni nourriture. On voit bien que les conséquences de la polygamie ont été dramatique pour la famille Konaté ; la déflagration familiale s’est étendu jusqu’à la future génération de cette famille.

Je me rappelle aussi que déboussolée Atta, la seconde femme du vieux konaté, n’hésitait pas à se confier au premier passant. Elle étalait dans la rue les secrets familiaux même les plus intimes. Sous le coup de la jalousie, elle tombe dans la violence à l’encontre de sa coépouse et va jusqu’à la tabasser parfois. Cette débâcle l’entraine dans  une situation de détresse qui l’amène chez les marabouts, les charlatans et autres voyants. Enfin, on se rend compte que cette pratique pose plus de problème qu’elle n’en résolve.

Mais pourquoi la polygamie résiste t- elle à l’évolution sociale au Mali?

Il semblerait que cette pratique est antérieure à l’islamisation du Mali. Cela se justifie d’autant plus que la polygamie est une pratique très ancré dans la société traditionnelle malienne. Plusieurs raisons expliqueraient la pérennité de cette pratique. Pour beaucoup d’époux polygames la deuxième ou même la troisième noce s’expliquerait le plus souvent par la mauvaise conduite de la première ou des premières. Ils expliquent qu’une fois au foyer la première femme change littéralement de comportement et s’érige en impératrice. Elle devient insolente et tente même d’imposer sa loi à la famille (au Mali très généralement la famille est larges, car les fils de la famille se marient et restent vivre chez leurs parents). Par ailleurs d’autres évoquent le caractère volage de leurs premières épouses, ou parlent de maladie incurables comme la stérilité irréversible, la fistule vésico- vaginale, etc.

En revanche, de nombreuses femmes sont partisanes de cette pratique pour le respect disent-elles non seulement de la religion, mais et surtout de nos traditions. Pour elles, les hommes par leur comportement d’injustice seraient à l’origine de tous les maux dans les familles polygames. Ces femmes dénoncent tout particulièrement le comportement de certains époux qui n’hésitent pas à montrer carrément leur préférence parmi leurs épouses. De telles injustices sont non seulement proscrites par la loi républicaine mais et surtout par la loi religieuse.

Comme on a pu le constater, la polygamie est autorisée par l’islam et constitue une pratique traditionnelle au Mali. En islam on peut même épouser jusqu’à 4 femmes avec la ferme recommandation de les traiter équitablement. On aurait compris que cette exigence religieuse n’effraie point les polygames tant cette relève plus d’une nécessité que d’une volonté religieuse. C’est le cas par exemple de ruraux qui, pour des raisons évidentes de mains d’œuvre, se marient à plusieurs femmes. Encore que le motif économique ne serait pas le seul, il existerait des raisons liées à la virilité notamment.

Jadis, source d’équilibre social et de développement de la société, la polygamie est devenue aujourd’hui cause de désordre social. Entre crise de jalousie et conflit d’intérêt, la plupart des familles polygames sont devenue le théâtre de confrontations. La violence a investit les foyers polygames, et certains chef de famille de leur vivant sont entrain d’assister à la dislocation programmée de leur famille.  Donc plus besoin d’affirmer que cette pratique est rentrée dans une phase révolutionnaire. Et l’on retient que ce qui faisait l’harmonie et le bonheur de nos familles d’hier ne le fait pas forcement aujourd’hui. Prenons donc garde d’évoluer avec notre temps et d’arrêter avec cette pratique qui est entrain d’entamer notre tissu social.

 

Arrestation d’un journaliste à Bamako : une intrusion de plus de l’ex-junte ; une menace réelle sur la liberté de la presse.

point de vente journaux à Bamako (Photo Michel)

point de vente journaux à Bamako (Photo Michel)

S’il ya une chose avec laquelle le Mali pouvait encore être fier, c’était bien la liberté de la presse. Ici, on n’hésitait pas à se venter de l’émergence qu’à connu ce secteur depuis l’avènement de la démocratie au début des années 1990.

Le sujet qui fait l’objet de mon billet d’aujourd’hui est loin d’être réjouissant : il s’agit ni plus ni moins d’une atteinte grave à la liberté de la presse dont est si fier beaucoup de maliens. En effet depuis quelques temps (depuis le Coup d’Etat du 22 Mars 2012), on assiste à une sérieuse dégradation des conditions de travail des journalistes et autres communicateurs maliens sans que les autorités de transition aient émis une réaction de condamnation.

De tous les soubresauts de l’ex-junte, ce qui m’inquiète tout particulièrement, ce sont ces actes d’intimidations à l’égard de journalistes qui deviennent de plus en plus récurrentes. On se rappelle encore du passage à tabac de deux journalistes responsables de presse l’année dernière (Notamment le cas de Saouti Haïdara, 70 ans, directeur de publication du journal « l’Indépendant » qui a été  enlevé, tabassé avant d’être relâché quelques heures plus tard, le 12 Juillet 2012 à Bamako). Et plus récemment, le samedi 02 Mars 2013, l’animateur de la radio Kayira de Niono Dramani Traoré fut mortellement agressé chez lui. En plus de Boukary Daou, qui est détenu depuis Mercredi, 06 Mars 2013 par la Sécurité d’Etat (SE, le tout puissant service des renseignements au Mali), le Républicain, -quotidien dont est directeur de publication Monsieur Boukary Daou-, continue d’être harceler par des éléments de la SE. Suite donc à ces récurrentes harcèlement, intimidation, et de multiples interpellation dont est victime la presse privée malienne ces derniers temps, l’ensemble de la profession (presse écrite et audiovisuelle) a décidé de décréter le Mardi 12 Mars 2013 une journée sans presse au Mali et cela jusqu’à la libération du journalisme Boukary Daou. Et donc en tant que bloggeur, je me réjouis de m’associer à leur indignation à travers la rédaction de ce billet.

Faces à ces graves atteintes à la liberté de presse dans mon pays, j’avoue n’est pas être très serein en tant que simple et pauvre bloggeur. J’imagine que par ces temps qui courent il est imprudent de critiquer le capitaine Sanogo. J’imagine aussi que si je suis encore épargné, c’est parce que dans un premier temps que  l’on ignore l’existence de notre plateforme mondoblog, et le type ou même le nombre de public qu’elle peut atteindre ; puis dans un second temps c’est parce que tout simplement mon blog est loin d’avoir le même calibre que ces organes de presse, encore moins la même influence. Sinon, ceux qui me font le grand honneur de me lire souvent auront certainement remarqué que je n’ai pas toujours été tendre avec l’ex-junte dans mes billets. Rappelez-vous encore de mon papier sur la démission forcé de Cheick Modibo Diarra (Crise au Mali, c’est à n’y comprendre plus rien) ; ou plus récemment de mon billet sur la nomination du Capitaine Sanogo à la tète du Comité de reforme de l’Armée malienne (le Capitaine Sanogo à la tête du Comite Militaire de reformes des forces armées de défense et de sécurité pour les honneurs et les prébendes).

A l’analyse de toute cette situation, -dans laquelle, malgré le retour à l’ordre constitutionnel, l’ex-junte continue de s’incruster dans la gestion de l’Etat-, j’ai l’impression que le Mali est assis sur une gigantesque bombe à l’entente de détonation. Oui vous n’imaginez pas combien tout cela me fait mal : ces intrusions récurrentes de l’ex-junte sont écœurantes, les harcèlements et intimidations à l’égard de la presse sont écœurants, cette espèce de « tutellisation » des autorités de transitions est écœurante, mais le plus écœurant, c’est de voir que le président de la république par intérim joue les complices en défendant la sécurité d’Etat par rapport à l’interpellation de Boukary Daou.

J’imagine qu’avec moi toutes celles et tous ceux qui sont épris de justices, de liberté de la presse et fondamentalement de respect des droits de l’homme se sentent indignés par ces intimidations à l’égard de la presse malienne. C’est par ma petite voix, je souhaite vivement la libération de ce journaliste et la cessation de toutes intimidations et harcèlement à l’égard des journalistes. En revanche, en ces moments très difficiles pour le pays, j’en appelle et  je termine là-dessus au sens élevé  du professionnalisme chez les journalistes maliens dans le traitement de l’information.

 

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8 Mars célébré au Mali dans la Sobriété pour rendre hommage aux femmes du Nord

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Pour cette journée internationale de la femme, les Nations Unies disent halte à la violence à l’égard des femmes. Ce thème a une résonance particulière pour les maliennes, singulièrement celles du Nord. Au cœur donc de l’actualité malienne, les maliennes du Nord ont été victimes de nombreuses exactions de la part de djihadistes qui ont occupé le Nord du Mali durant une année de janvier 2012 à Janvier 2013.

Par ce billet, je voudrais rappeler la condition vulnérable de la femme dans nos sociétés. Et pendant l’occupation des régions Nord du Mali, les femmes de ces régions ont particulièrement souffert de toutes les formes de violence. Plusieurs d’entre-elles ont été violées, tabassées, emprisonnées par des islamistes radicaux et narcotrafiquants.

J’ai donc relevé pour les lecteurs et sympathisants de Mondoblog dans la presse malienne quelques témoignages de ces femmes qui ont été violées, battues, emprisonnées et souvent tuées par ces individus qui ont prétendu agir au non de l’islam.

Le supplément de L’Essor (quotidien national d’informations) du 8 Mars 2013 nous apporte quelques-uns de ces témoignages, notamment sur des cas de viol collectif. Des témoignages qui portent sur des scènes horribles qui, de l’avis des victimes, ont parfois atteint le sommet.

« Toute sortes de crimes ont été commis au nom de la charia. La lycéenne de 20 ans Azahara Abdou a été victime de viol collectif à Tombouctou. Elle a eu le tord de se trouver au mauvais endroit et au mauvais moment. Ce jour fatidique, notre interlocutrice perdra ce qu’une femme a de plus cher : sa virginité. Et de la façon la plus ignoble. Azahara Abdou a eu la malchance de rencontrer les hommes d’Ahmed Mossa vers le petit soir au quartier populaire d’Abaraddjou. Elle apportait le linge à une dame du quartier. La vie de la jeune fille bascula à la suite de sa rencontre avec les forces du Mali. Les obsédés sexuels l’ont traînée de force dans leur commissariat sous prétexte qu’elle a mal répondu à leurs questions. Elle a été présentée à son bourreau Ahmed Mossa avant d’être jetée en prison. [J’ai pleuré, crié de toutes mes forces jusqu’à m’évanouir. Quand je me suis réveillé dans la nuit, j’ai découvert deux grosses blessures à mon pied gauche et il y avait du sang partout. Je ne pouvais plus me tenir debout. J’ai supplié mes geôliers de me conduire à l’hôpital, mais ils n’ont pas accepté. Ils ont rétorqué que ce qui m’est arrivé est la correction que mérite toute fille dévergondée] se rappelle Azahara. Grâce à l’intervention de son frère elle a pu bénéficier de soins. Mais ce dernier avait reçu pour instruction de la ramener à la prison.

Après des heures de discussions avec le père de la victime, Ahmed Mossa a promis de faire libérer la jeune fille dans la nuit. Elle subira malheureusement le supplice du viol  et elle a été férocement battue par son bourreau.

Au cours de la nuit alors qu’elle attendait impatiemment sa libération, cinq autres hommes sont venus la violer à tour de rôle dans sa cellule. [Je me suis battue de toutes mes forces jusqu’à perdre connaissance. Je n’ai repris mes esprits qu’a mon arrivé à la maison. J’ai appris qu’ils m’ont ramenée chez moi parce qu’ils pensaient que j’étais déjà morte], a-t-elle déclarée. Azahara se demande, qu’elle sera sa vie après cette torture morale  et physique ? [Je suis convaincue qu’elle ne servira pas à grand-chose. J’ai honte de sortir de chez moi. Je n’ai pas le courage d’affronter le regard malicieux de mes camarades d’école » dit-elle en pleurant. Cette jeune fille qui est marquée à vie a besoin d’une assistance accrue pour remonter sa douleur ».

La douleur d’Azahara est identique à celle d’une cinquante d’autres victimes de ces djihadistes. C’est le cas notamment de Mariam Traoré, la mère des jumelles qui a plus de chance qu’Azahara ; car ayant échappé au viol. En revanche, elle à été emprisonnée et fouettée : son seul tord, s’être fait transportée à Moto par son frère. Et puis, il y a eu de nombreuses femmes qui ont été contraintes à l’exil pour échapper au joug de ces djihadistes. C’est le cas notamment de Mme Dougnon Rachelle Dougnon de Douentza qui rapporte les galères vécues par les femmes de cette localité : « Impossible de fermer l’œil. On n’entendait que les bruits des armes à feu. On avait peur de sortir au risque de prendre une balle. Aussi, les femmes ne pouvaient plus sortir sans être voilées. Elles ont été nombreuses à être arrêtées pour n’avoir pas porté le voile ».

Des dizaines d’autres témoignages mériteront certes d’être cités pour davantage évoquer l’ampleur de la violence faite aux femmes lors de cette occupation djihadistes au Nord-Mali. Il ne me reste qu’à souhaiter que ces crimes ne restent pas impunis. Il y va de la crédibilité de la justice internationale.

Je termine ce billet en saluant l’initiative des autorités pour la célébration sobre de cette journée qui d’habitude est célébrée avec faste.  Vive les femmes du Nord-Mali, vive les femmes du Mali, vive les femmes d’Afrique et du Monde.