Politique malienne : un statut et un chef de file pour l’opposition

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Pourvue que cela dure !

Le constat :

On se rappelle encore que sous l’ère ATT (Amadou Toumani Touré du nom de l’ancien Président), la notion de consensus qui lui était tant chère et dont il vantait tant le mérite, avait fini par avoir raison de la si exemplaire démocratie malienne. Le Mali était devenu le bel exemple de démocratie en Afrique ; un cas d’école même.  Mais un exemple trop beau pour être vrai.  Car, à bientôt un quart de siècle de démocratie malienne, on aura parcouru  des chemins. Des chemins avec des hauts et des bas. Et puis, presque contre toute attente, arrive ce putsch du 22 Mars 2012. Un putsch qui, pour beaucoup d’observateurs de la vie politique malienne, fut un invraisemblable effondrement. Invraisemblable parce que le putsch est exécuté avec une facilité dérisoire et à un moment totalement incompréhensif.   Invraisemblable également, parce que ce putsch a occasionné l’occupation de deux tiers du territoire national.  Ainsi, l’exemplaire démocratie malienne s’est quasiment effondrée faute d’avoir pu, en un moment donné, faire le point. Comme le dirait Gaoussou Drabo, éditorialiste à l’ESSOR (quotidien gouvernemental), faire le « brainstorming » des erreurs et des fautes qui on fait cheminer le pays vers l’abime. Vous l’aurez compris que le Mali a frôlé le chaos. Un chaos évité de justesse par l’opération serval. Cependant, disons-le tout net,  ce sauvetage inespéré de la France ne nous a laissé ni le choix ni le temps. Le temps de l’autocritique et le choix de la méthode à suivre. Acculé et pressé par ses partenaires, pour n’est pas dire ces exigeants de sauveteurs, le Mali a dû faire face à l’urgence. L’urgence d’organiser et de réussir des élections présidentielles d’une part ; et d’autre part  de faire face à la situation au Nord. Finalement, faute d’avoir identifié les erreurs et les fautes  qui ont fait cheminer le pays vers l’abime, on s’est plutôt empressé de dénoncer sommairement des pratiques de gouvernance négatives et d’énumérer succinctement les changements et les solutions à apporter. En définitive, et on l’aura compris, nous avons raté le coach. Car le constat s’annonce amère au vu de la méthode adoptée par les autorités.  Mais bon malgré tout on a tenté de progresser en essayant de nouvelles formules comme celles d’une vie politique plus ou moins animée : c’est-à-dire une opposition clairement identifier avec un chef de file.

Du nouveau sous le soleil politique malien ? Pas vraiment !

On se rappelle qu’aux premières heures de la démocratie malienne, une opposition active avait réussi à s’identifier et à se faire attendre. On se rappelle de cette récurrente instabilité à la primature qui a failli emporter le Président Alpha. Puis, vient le temps d’ATT et sa politique de consensus. Cette formule, tant vanté par ces initiateurs, aura accouché d’un échec cuisant. Un échec tellement cuisant que la méthode adoptée par les acteurs politiques faisait apparaitre une espèce d’atonie de la vie politique. Car l’objectif des partis politiques étaient de fournir au chef d’Etat une majorité parlementaire confortable et loyale. De cette formule, on aura compris que les députés dits de la majorité présidentielle  ont été obnubilés par leur zèle d’accompagnement oubliant qu’en tant que représentants du peuple ils devraient avoir une faculté de veille sociale grâce à laquelle ils pouvaient infléchir sur les projets gouvernementaux.

Aujourd’hui, certes la majorité présidentielle peut se targuer d’avoir une majorité parlementaire. Mais une majorité parlementaire qui n’ignore pas s’être gonflés par un ralliement massif de nomades politiques comme ce fut le cas de la formule consensuelle sous ATT. De ce point de vue, on en conclue qu’il n y a rien de nouveau sous le soleil politique, hormis qu’on a offert un statut et un chef de file à l’opposition. En effet, Soumaila Cissé, candidat malheureux aux dernières présidentielles et non moins président de la deuxième force politique du pays, fut désigné par l’ensemble des députés se réclamant de l’opposition comme chef de file de l’opposition. On y voit, sans doute, un signe d’amélioration de la pratique politique dans notre pays.  Reste à savoir quel usage fera l’opposition de ces nouveaux modes d’actions qui s’offrent à elle. En plus d’un statut clairement identifié, l’opposition  bénéficiera des attributs de représentation pour son chef,  des canaux d’échanges ouverts entre ce dernier et les plus hautes autorités, une imprégnation des dossiers importants de la Nation le tout accompagné par un éclairage médiatique. Cette nouvelle envergure fera un regain d’image à ceux des partis (d’oppositions) qui ambitionnent de gouverner un jour ce pays. Désormais, plus question de récriminations politiques et d’ostracisme médiatique, les opposants au Mali auront à relever un réel chalenge, celui de rendre visible et crédible leur différence. Car la mauvaise réputation du politique auprès des maliens les frappe autant que la majorité.

Une Démocratie malienne pleine d’ambiguïté qui aura connu donc ces périodes héroïque pour avoir été enfanté dans la douleur ; mais aussi a surtout connu ses heures de gloire en traversant une transition atypique. Elle a aussi eu le mérite d’expérimenter plusieurs formes inédites de partage du pouvoir, comme quoi, multiplier les expériences  pour atteindre la meilleure formule de gouvernance démocratique, pourrait être une potion magique. Notre pays a connu des moments difficiles qui ont nettement décliné son aura, mais, il lui reste encore de réussir un coup d’éclat inattendu comme ce fut le cas de la belle organisation des dernières présidentielles et législatives. Il ne me reste qu’à souhaiter bond vend à l’opposition et son chef de file. Et pour cette nouvelle formule de partage du pouvoir, une belle réussite.

Etre Président du Mali ; et après !

wikipedia.org, créative common

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Au moment ou les partisans de l’ancien président du Mali, Amadou Toumani Touré, affectueusement appelé « ATT » réclament son retour au pays, la question du devenir des Président de la République de notre pays se pose avec insistance. Oui il est, en ce moment précis, question du retour d’ATT au bercail. Mais globalement, et de l’avis d’une figure emblématique de la scène politique malienne, il est davantage question du devenir des Présidents de la République qui doit être une préoccupation majeure pour la jeune démocratie malienne.

Succession à la tête du Mali ou quand le parricide politique devient une habitude

De l’histoire récente de notre pays, les Présidents de la République ont eu pour mauvaise habitude, comme par parricide politique, de sortir par la petite porte. On se rappelle du Président Modibo Keita, père de la Nation, mort en prison après être chassé du pouvoir par un Coup d’Etat. Son successeur et non moins pourfendeur, le Général Moussa Traoré a lui aussi été chassé du pouvoir par un Coup d’Etat et emprisonné pendant dix ans avant de bénéficier d’une grâce présidentielle.  Aujourd’hui, le Général Président réhabilité, jouit pleinement de sa liberté et de son droit d’ancien président dans la dignité. Après, le départ tranquille et par voie constitutionnelle du premier Président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré, c’est exceptionnellement la seule succession démocratique du pouvoir au Mali, son successeur et prédécesseur ATT, n’a pu échapper à la mauvaise habitude.  Ainsi, nous l’aurons bien compris que la succession à la tête du Mali, hormis le cas exceptionnel d’Alpha Oumar Konaré, s’est toujours passé de façon tumultueuse.

La trilogie de Mars ou le temps de tous les cauchemars du Mali

Dans l’air de l’actualité, on ne peut mettre sous silence l’amalgame entre les trois dates les plus tragiques et parfois les plus décisives pour notre pays : le 22 et 26 Mars 1991 ; et le 22 Mars 2012. Trois dates donc pour trois destins du Mali.

  • Il y’a d’abord le 22 Mars 1991, date fatidique, communément appelé « Vendredi Noir ». Cette date requiert, de la part de tous les maliens, un devoir de mémoire à l’endroit des martyrs. Et puis il y a le 26 Mars 1991, épilogue de la révolution de Mars 1991. Cette date, en même temps qu’elle achève l’insurrection, ouvre une nouvelle ère pour le Mali. Une ère plein d’espoir pour un mali démocratique pluraliste, mais aussi et surtout pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des maliens. Sans faire l’apologie du putsch, celui de Mars 1991 fut ressenti comme la réponse à l’appel d’un peuple méprisé et martyrisé, traqué jusqu’au cimetière et dans les hôpitaux qui débordaient de blessés et de cadavres.
  • Il y a ensuite ce 22 Mars 2012, sans commune mesure avec les évènements de Mars 1991, se déroulent dans un contexte tout aussi complexe caractérisé principalement par un malaise généralisé due notamment à la rébellion au Nord du pays. Oui en ce 22 Mars 2012, un Coup d’Etat intervient à Bamako chassant du pouvoir un président démocratiquement élue et en fin de mandant avec la ferme volonté de passer la main. Ce que je retiens de ce putsch, c’est qu’il consacre définitivement l’occupation des régions nord et la partition de fait du Mali. Et puis, il y a ces images de soldats fuyant le front qui contrariaient celles de soldats qui pillaient et volaient à Bamako et à Kati. Il y a donc Mars des malheurs présidentiels ; mais et surtout Mars des victoires républicaines dont la portée ne doit jamais nous échapper si nous voulons construire une démocratie viable.

Il faut absolument proscrire le Coup d’Etat et songer au devenir des présidents

Malgré qu’en 20 ans de démocratie, les maliens aient constaté globalement un aveu d’échec, le putsch du 22 Mars 2012 n’en a pas moins été la solution. Au contraire, il a davantage précipité le pays dans un gouffre insondable dont il peine encore à sortir. On l’aura compris définitivement que par le passé le Coup d’Etat n’as jamais été la solution comme il n’en sera pas une aujourd’hui. C’est pourquoi pour réussir des successions pacifiques et apaisée à la tête de l’Etat, il faut définitivement proscrire les coups d’Etas au Mali.

Oui ATT doit revenir et être réhabilité comme l’a été Modibo Keita (même si c’est à titre posthume) ; et comme l’a été Moussa Traore qui, sans doute, a fait couler le sang du peuple. C’est seulement à ce prix que nous pouvons avancer. Il vrai qu’un ancien chef d’état peut être jugé et condamné, mais il faut au préalable lui mettre dans ces droits ; et à la fin, probablement lui pardonner.

L’Etat du Mali VS l’Etat de l’ « Azawad », à quand la fin de l’hypocrisie ?

 

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Il faut commencer par le commencement, mener à bien définitivement et totalement le recouvrement total du territoire national : c’est-à-dire rétablir l’autorité de l’Etat malien à Kidal, bref redéployer l’armée malienne et cantonner les éléments des groupes armés. Les velléités indépendantistes de certains Touaregs, une minorité parmi la majorité, ont réussi à se faire un écho dans les médias français. Mine de rien, le basculement du discours n’a connu un tel virage que depuis le début d’une espèce de réflexion relayée et soutenue par bon nombre de médias, de politiques et d’intellectuels occidentaux qui ont tendance à identifier des différences culturelles entre Touaregs et autres Maliens de race noire. De fil en aiguille, on a vu émerger la thèse d’une idéologie ethnico-raciste comme principale cause de la crise au nord du Mali. Un petit nombre de Touaregs, en victime expiatoire, s’est autodésigné comme porte-parole d’une communauté en quête d’indépendance  sur le territoire de leurs ancêtres. Du coup, la thèse d’une minorité oubliée et opprimée face à un Etat oppresseur, envahisseur a fait son petit bonhomme de chemin. Et désormais, il faut penser à séparer l’Etat malien et à créer un Etat touareg d’« Azawad » pour permettre à ce peuple touareg opprimé de s’affranchir du joug d’un Etat avec lequel il ne partage rien de commun.

Mais, depuis quand un nomade revendique-t-il un territoire ?

Depuis qu’on est arrivé à sédentariser une communauté nomade en lui attribuant un territoire. Belle initiative des autorités maliennes qui n’ont pas hésité à ériger une vaste partie du territoire national en région administrative en dépit d’un criard sous-peuplement. Le but étant de valoriser cette région peuplée de nomades. Car et on l’aura bien compris que toute politique de développement se conçoit et se réalise avec la présence d’une population. Ainsi, les tribus touarègues étant, à travers cette initiative gouvernementale, progressivement sédentarisées vont avoir beaucoup de mal à faire face à la nouvelle donne. Il s’agit là d’une profonde rupture culturelle. Mais après tout cela aurait été parfait si toutes les parties y avaient joué pleinement leur partition. Au gouvernement de mettre en œuvre une véritable politique de développement de cette région, et aux populations, surtout Touaregs de revendiquer et de se sentir totalement et entièrement maliens. Mais au-delà de ce point de vue, le problème apparaît plus complexe 

En quoi une journée de rencontre à Kidal pourrait-elle être décisive ? 

Kidal, la rebelle, la frondeuse va-t-elle cette fois-ci plier. En tout cas, en ce jour 17 mars 2015, la capitale de l’Adrar des Ifhogas  reçoit une délégation de la médiation et des ambassadeurs du Conseil de sécurité. Après les huit mois d’intenses négociations à Alger, il s’agit, de l’avis des observateurs avisés de cette crise, de la rencontre de la dernière chance. Cette délégation y va sans doute parce qu’elle est rassurée de la bonne foi de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad) à emprunter la bonne direction : la direction de la paix et de la réconciliation. Car depuis trois ans ce pays déprime; cela fait trois ans que ces fils s’exilent au gré d’une instabilité récurrente. Oui, trois ans pendant lesquelles la jeunesse « kidaloise » est privée d’école; trois ans enfin que les communautés peuplant le nord du Mali se méfient les unes des autres.  Eu regard de cette situatio , il est plus que temps de parapher cette accord. Un accord que, AdamThiam, journaliste éditorialiste à L’Indépendant, qualifie de bizarre : un accord issu non pas d’un accouchement naturel, mais d’une rude césarienne. Et pour cause ? Il s’agirait bien d’un préambule conciliant avec 67 articles pour 42 pages de réserves dont 12 venant du gouvernement et 30 de la CMA. Même si la CMA a semble-t-il pu consulter sa base, cela semble loin d’être le cas du gouvernement avec le reste des Maliens. A ce rythme, je suis convaincue comme beaucoup de Maliens que la montagne risquerait d’accoucher d’une souris. L’urgence serait-elle de parapher un accord qui ne satisfasse pas les désirs d’un retour viable et durable de la paix. Le mieux pour paraphraser Adam Thiam, une fois de plus, c’est de gouverner avec humilité et non d’humilier les gouvernés par des décisions irresponsables.

L’attaque de « La terrasse » suscite l’émoi des bamakois

Crédit photo, Michel

Crédit photo, Michel

On avait tant redouté cet instant. Mis à part cet attentat manqué à la bouteille de gaz devant l’ambassade de France, Bamako était resté à l’abri. On avait fini par croire que cette ville ne courait plus le risque d’une attaque terroriste. Mais enfin arriva ce qui devrait arriver, avec cette attaque d’un Bar-restaurant prisé de la capitale. Situé à l’hippodrome, jouxtant une rue dénommé «  rue princesse » à l’image d’une des célèbres rues d’Abidjan.  La Terrasse, certes fréquentés massivement par les expatriés, recevaient aussi une forte clientèle locale. Une bonne partie de la jeunesse branchée bamakoise fréquentent cette rue, car elle abrite bon nombre de bars, de restaurants, de discothèques etc. de la ville. Oui nous y faisons tous un tour les week-ends pour nous recréer.

Cette attaque confirme  que Bamako est une proie facile, une ville fragile.

Bamako est certes la capitale d’un pays à majorité musulmane, mais Bamako n’en est pas moins une capitale d’ambiance d’un pays totalement laïque ou les libertés individuelles sont  totalement acquises. Jusqu’à cette nuit fatidique de l’attaque de ce Bar au centre de la ville, Bamako représentait l’image d’une ville douce, hospitalière et relativement sure. Mis à part la recrudescence d’un banditisme urbain, il n’y existe guère un réseau de crime organisé comme l’on peut observer sous d’autres cieux. C’est peut-être  pour toutes ces raisons que les autorités n’ont jamais évalué le dispositif sécuritaire de la ville, ou peut-être l’on toujours considérés, à tort, suffisante. Du coup, on a l’impression qu’on peut frapper cette ville à tout moment. Cela nous rendrait grand service si avant de nous endormir, si avant de prendre nos grands airs, nous nous rappelions cette triste vérité que notre ville n’est pas la forteresse espérée. Ce n’est pas agréable de savoir que nous ne sommes pas à l’abri des flèches de l’adversité mais cela peut nous garder humble et nous préserver de mauvaises surprises comme l’attaque de la Terrasse.

Le ressenti des bamakois au lendemain de ces premières attaques terroriste dans leur ville.

Il faut dire que cette attaque terroriste a plongé cette ville et ses habitants dans la stupeur, dans la tristesse et dans un état de choc total. Unanimement, les bamakois ne comprennent pas les raisons d’une telle attaque. Ils sont scotchés dans les interrogations. D’une part il dénonce avec grand mépris l’ignominie des terroristes qui se sont attaqués à leur ville, d’autres parts, ils déplorent l’irresponsabilité des autorités qui, de l’avis de nombre d’entre eux, ne font pas sérieusement face à cette nouvelle forme de menace. Encore qu’on se rappelle de ces signes prémonitoires qui laissaient présager le risque d’attaque terroriste dans la ville et qu’en face on ne voyait aucune volonté des autorités d’y remedier.

L’objectif de ceux qui ont attaqué Bamako était de nous foutre la peur. Mais nous leur disons que nous n’en avons rien  à branler. Oui ils n’arriveront pas à nous faire peur. Plus que jamais, les bamakois sont debout et solidaires. C’est pourquoi nous invitons tous nos hôtes de ne pas céder à la panique. Nous leurs invitons à se joindre à nous pour faire un front commun contre ces adeptes de la violence. Je voudrai juste rappeler que ces méchants peuvent frappés partout et à tout moment : on se rappelle des attentats du 11 septembre 2001 à New York, ou plus proche de nous, ceux qui ont frappé Paris en janvier 2015. Comme pour dire que tous les endroits du monde sont susceptibles d’être frappé par ces terroristes  qui n’ont d’autres buts que de semer la peur dans notre monde de libertés.

En attendant de mettre la main sur les responsables de ces attaques, Bamako tente de cicatriser ses plaies et reste debout pour éviter d’être surpris une fois encore.

Le Mali en convalescence, la culture en renaissance !

 

Crédit Photo: Michel

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Point besoin de rappeler que notre pays a connu une crise grave et profonde dont il peine à sortir. Point besoin non plus de rappeler que cette crise a affecté la vie culturelle malienne obligeant les acteurs culturels à marquer une longue et difficile pause. Et les récents soubresauts militaires au nord du pays et son écho politique au sud ne sont pas de nature à faciliter le retour d’une paix durable, donc d’une activité culturelle normale. Qu’à cela ne tienne, -le succès de l’opération Serval qui a permis de chasser les djihadistes du Nord, le déploiement d’une mission de stabilisation des Nations unies et la bonne tenue de l’élection présidentielle qui a permis le retour à une vie constitutionnelle normale-, ont donné des raisons d’espérer aux acteurs culturels qui, du coup, se sont remis au travail. Ainsi, dans la perspective de rattraper le temps perdu, les événements culturels ont repris de plus belle. Les espaces culturels à Bamako et dans les grandes villes du Sud ont retrouvé leurs ambiances d’autrefois.

Le retour de la stabilité politique fait renaître la culture.  

Des programmations de spectacles qui fusent, des festivals en cours et des projets en vue, des artistes qui, depuis quelques mois, ont recommencé à se produire sur les scènes à Bamako et dans les grandes villes du Sud-Mali, on peut bel et bien dire que la culture malienne renaît et reprend son envol pour le plaisir de tous.

Le Mali est un pays éminemment culturel, et la culture constitue un pan entier de l’économie malienne. Ainsi quand elle est en panne, l’économie en subit un coup. Des milliers de Maliens vivent de la culture : des artistes aux médias en passant par les intermittents ou encore les espaces de loisirs. Donc pour la survie et le bonheur de tout ce petit monde, les autorités se doivent de travailler à davantage de stabilité dans le pays. On se rappelle encore du rayonnement culturel qu’a connu le Mali ces dix dernières années à travers des festivals de rang international comme celui sur le désert, ou encore celui sur le Niger, pour ne citer que ces deux manifestations.

Mais que dire de cette attaque terroriste à « La Terrasse »

Bar-restaurant situé au cœur de la ville de Bamako, dans le quartier résidentiel de l’hippodrome, « La Terrasse » a été la cible d’une attaque terroriste faisant 5 morts et de nombreux blessés. Cette fusillade intervint dans la nuit du 6 au 7 mars plongeant Bamako et tout le pays dans une stupeur, une tristesse et un état de choc total. Il faut dire que depuis l’intervention française qui a chassé les djihadistes, on redoutait un tel scénario. Cependant, l’élection présidentielle qui installa IBK à Koulouba, les négociations de paix prometteuses avec les groupes armés du Nord à Alger, on fait espérer à un éventuel retour à la normale . Donc, c’est en cours de rédaction de cet article qu’intervient cet incident grave qui pourrait replonger encore ce pays dans le chaos. Je plains les artistes, notamment musiciens qui commençaient à voir une lueur, de retomber dans la galère de laquelle ils sortaient progressivement.

Oui, cette attaque laisse planer le spectre du chaos pour un pays qui vit entre désespoir et déprime. Et qui malgré tout se donnait le droit d’espérer. Mais après cet acte ignoble, l’avenir apparaît plus qu’incertain.