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Les misérables des rues « bamakoises » !

Credit Photo, Michel

Credit Photo, Michel

Je m’étais laissé aller à une manifestation de colère somme toute surprenante. Ce genre d’emportement qui découle le plus souvent d’une révolte intérieure. Ce fut lorsqu’un de ces mendiants de malheur, qu’on rencontre à tous les carrefours de Bamako, a failli me rentrer dedans sous prétexte de quémander. C’est alors que j’ai laissé exploser une virulente colère à  l’endroit du pauvre gamin, qui par ailleurs me faisait pitié. Cette attitude était loin d’être anodine, j’étais juste écœuré par la présence de  ces gamins sur les trottoirs de la ville qui, normalement, devraient être à l’école. A croire que cette pratique relève d’une exigence sociale ou religieuse qui, a priori, est tolérée. Quoiqu’aujourd’hui le phénomène semble prendre une tournure débordante et inquiétante.

Tant qu’il existera, par le fait de traditions relevant d’un autre âge, une certaine pratique sociale condamnant un nombre important d’enfants à une destinée incertaine ; tant que l’injustice sociale perdure, aggravant par conséquent la misère sociale, et enfin tant que, plus grave encore, l’indifférence sociale s’accentue, des phénomènes comme la mendicité ne cesseront d’exploser. Sinon comment comprendre l’explosion soudaine de la mendicité à Bamako.

Le discours religieux appuyé par des réalités socio-économiques n’en reste pas moins un des principaux responsable de cette explosion soudaine de la mendicité à Bamako. On aura compris que les religions monothéistes pratiquées au Mali, toutes autant qu’elles sont, prônent la charité ; bref invitent les riches à donner aux indigents. C’est un peu comme dans une logique de se payer une place dans le paradis en exerçant la charité. Ainsi tout en s’achetant une place au paradis, la plupart d’entre nous contribuent sans vraiment le savoir à compromettre l’avenir de ces nombreux enfants livrés à eux-mêmes et à la rue. Mais avant qu’on en arrive là, cette pratique aurait eu des vertus sociales et aurait joué un rôle important dans l’éducation des enfants.

Les origines socioreligieuses de la mendicité

Loin de celle que l’on voit dans les rues de Bamako, la mendicité serait d’origine religieuse. Elle constitue une réponse à l’un des 5 piliers de l’islam qui stipule l’offrande « Zakat » ou l’aumône rituelle aux plus démunis. Ainsi, tout en répondant à une exigence religieuse, la mendicité participait à l’éducation du jeune garçon qui, à travers cette pratique, apprenait à être plus endurant se préparant ainsi à faire face aux nombreux défis de la vie qui l’attendent. Ainsi de ce point de vue, la mendicité relève plus d’une exigence socioreligieuse que de la pauvreté. Mais depuis quelques temps la mendicité a pris une ampleur incontrôlable se présentant sous diverses formes.

L’incontrôlable explosion de la mendicité sous diverses formes à Bamako

On les retrouve à tous les carrefours de la capitale, sur les places publiques ainsi que dans les lieux de cultes (Mosquées et Eglises). Ils sont jeunes, parfois très jeunes ; handicapés, ou même personnes invalidés par l’âge. On l’aura compris c’est les misérables accompagnés d’une certaine partie de la populace urbaine qui s’y retrouvent. On pourra les appeler les martyrs de la misère tant le phénomène semble concernée une bonne partie de ce qu’on peut qualifier des « misérables de la capitale ».

Au Mali et plus particulièrement à Bamako, mendier devient une profession avec son cortège d’accidents, de vols, d’escroquerie, d’abus etc. « A y a di Allah ma » qui se traduit «  donnez la part  de Dieu », accompagnées de récitations de versets coraniques, ou même de supputations évoquant la misère, le monde des mendiant offre un spectacle effroyable.

Dans les rues de la capitale, on est envahie par une cohorte de mendiants, qui, n’hésite pas à se lancer au milieu de la circulation, encourant toutes sortes de danger, à la recherche de l’aumône.

Dire qu’il y a une décennie, la mendicité était presqu’un phénomène isolée dans la capitale malienne. Mais aujourd’hui, elle atteint un sommet, devenant un problème social des plus préoccupants qui ne devraient pas laisser indiffèrent les autorités.

C’est pourquoi, désormais, nous devons tous comprendre que ce phénomène, loin d’être isolé, est pratiqué par un important groupe social à Bamako. On retrouve des mendiants de tout âge et tout sexe, parfois élisant domicile dans la rue.

Face à ce délire de la mendicité que faut-il faire ?

Pourquoi faut-il nécessairement faire face à ce phénomène social qui ne cesse d’exploser, et dont les conséquences apparaissent néfastes pour l’avenir des enfants qui y sont victimes ?

Certes, il n’existe pas de potion magique, encore moins de recettes miracles pour enrayer, ou plutôt tenter d’enrayer ce fléau ; surtout en ce qui concerne les plus jeunes.

Mais déjà, il faut commencer par revoir le cas des écoles coraniques qui semblent être d’un autre âge. Les valeurs d’éducations, de sociabilité et d’endurance que l’on leurs prête semble leurs échapper, ou inadapté au contexte social actuel. Ainsi l’idéal serait d’intégrer ou d’ériger ces écoles coraniques en medersas, des structures qui ont un programme normal avec histoire et géographie, math, physique-chimie etc., associée à une formation religieuse (coranique en arabe). En plus, ces medersas sont encadrées par l’Etat et les enfants rentrent en famille après les cours comme les autres enfants. Avec cette formule que l’on retrouve notamment en Mauritanie ; on est sur de voir moins d’enfants talibés dans les rues. Une autre solution serait d’institutionnaliser l’enseignement religieux coranique, bref en faire un pan entier de l’éducation.

En ce qui concerne les handicapés, il faut peut-être envisager des mesures préventives qui consisteraient en une prise en charge sociale d’un certain type de maladies qui se prêteraient le plus à la mendicité.

Au Mali, certaines maladies sont responsables d’handicaps qui poussent à mendier. Entre-autres, on peut citer la lèpre, l’onchocercose, la poliomyélite. Pour éviter que les personnes atteintes de ces maladies tombent dans la mendicité, il apparait nécessaire de renforcer les structures médicales existantes, et surtout procéder au dépistage précoce de ces maladies. Au-delà de toutes ces mesures, il faudrait penser à la mise en œuvre de maisons de retraites qui pourrait  recevoir des personnes en mal de vieillesses et qui n’ont plus personnes pour s’occuper d’eux.

En attendant de trouver des solutions, les rues de Bamako continuent d’accueillir des misérables au risques et puérils de leurs vies.

Hey « fissabililahi » résolvons ensemble ce problème au plus vite pour donner une seconde chance à ces nombreux enfants des rues « bamakoises »

Michel THERA