post

A Bamako, on ne se gène pas avec l’insalubrité

au "Rail da" à Bamako (Crédit photo, Michel)

Au « Rail Da » à Bamako (Crédit photo: Michel)

 « Personne n’est responsable de rien », telle est peut être la qualification à donner à la situation d’insalubrité qui prévaut dans la capitale malienne. Bamako croupit sous les déchets tant le nombre de dépôts d’ordures dépassent l’entendement. D’une part, il y a les autorités municipales qui peinent à trouver un terrain d’entente avec les GIE (Groupement d’Intérêt Economique) d’assainissement. D’autre part, ces GIE qui sont engagés dans une course inespérée pour leur gain et n’hésitent pas se débarrasser sur tout espace vide. Du coup, tous les espaces inoccupés se transforment spontanément en dépôt d’ordures sans que les autorités municipales puissent réagir. Pis, dans cette dynamique anarchique, même les dépôts d’ordures légaux sont très souvent débordés créant ainsi une situation d’insalubrité extrême dans Bamako.

Les conséquences de toute cette cacophonie dans la gestion des ordures à Bamako sont multiples et diverses et affectent sérieusement la vie des Bamakois.

En faisant un tour dans la ville, vous remarquerez ostensiblement qu’il y’a des d’ordures qui jonchent les rues bamakoises dans l’indifférence totale. J’en veux pour preuve de multiples bras de fer qui opposent quelques autorités municipales aux charretiers chargés du transport des ordures dans les ménages d’une part, et d’autre part à leurs administrés qui sont mécontents de la gestion des ordures dans leurs communes. Par exemple, à Bozola en Commune II du District de Bamako[1], un quartier situé au cœur de la ville, le dépôt d’ordures s’est transformé en une véritable montagne. Là, on est en plein cœur de Bamako, à quelques mètres de l’un des hôtels les plus luxueux de la ville.

Le comble de cette insalubrité à Bamako est localisé dans les marchés de la ville avec parfois des proportions inquiétantes. Au niveau marché de Médine, connu sous le nom  « Sugunikura » en Bamanakan en commune II, l’odeur nauséabonde de poissons et autres denrées alimentaires coupent le souffle. Je ne vous parle même pas du « rail-da », cet endroit hors la loi ou tout semble permis: les usagers cohabitent sans gène avec les ordures de tous genres. Idem pour les Halles de Bamako, un marché moderne en commune VI, ou encore la gare routière communément appelé « auto-gare » dans la même commune. Dans ces différents lieux, les ordures jouxtent des restaurants clandestins, toute chose qui fait élever le risque sanitaire.

Au regard de cette situation d’insalubrité, on a tendance à croire qu’il n’existe aucune structure municipale chargée de l’Assainissement, tant il brille par son inaction.

Autres conséquences liées à l’insalubrité, c’est assurément les conséquences sanitaires avec des affections qui sont cause fréquente de morbidité.  Rien que le paludisme, une maladie mortelle causée par la piqûre de moustique, qui reste la première cause de mortalité au Mali. Là où c’est insalubre, là pullule les moustiques ; suivez mon regard.

Face à l’amplification de ce phénomène, il est urgent que les autorités, aussi bien locales que nationales, sortent de leur léthargie pour faire face à cette situation cruciale d’insalubrité.


[1] Juste rappeler que Bamako, la capitale du Mali, est un district subdivisé en 6 (Six) communes dirigés chacune par un maire.  L’ensemble de ces communes sont sous la responsabilité d’une mairie centrale dirigé par le maire de Bamako ; aux coté de la mairie, le gouvernorat du district avec à sa tête un gouverneur administre la ville et représente l’Etat.

post

Football malien : Patrice Carteron, entraineur des Aigles se joue de la FEMAFOOT

Patrice Carteron, photo source maliweb.com

Patrice Carteron (photo s: maliweb.com)

Arrivé à la tête des Aigles du Mali en juillet 2012 à la suite de la démission surprise d’Alain Gérais, Patrice Carteron a apporé à la sélection nationale malienne une deuxième médaille de bronze consécutive à la CAN 2013 en Afrique du Sud.

Continue reading

post

Au Benin, le gentleman G. G. Vikey s’en est allé

crédit photo, commons

crédit photo, 

Commons 

G.G. Vikey, de son vrai nom Gustave Gbénou Vikey, est un compositeur et interprète béninois né en 1944 à Athiémé, une ville du sud-ouest du Benin. Bien sur qu’en vous racontant ce monument des musique d’Afrique, je sui sous le contrôle de mes deux amis mondobloggueurs du Benin : mon doyen Serge de Souza et ma tendre amie Sinatou Saka.

Moi j’ai découvert G.G. Vikey par l’une de ces chansons cultes : Gentlemen vikey. Et depuis j’en suis devenu fan.

Nul besoin de rappeler que ce grand compositeur et interprète est aussi un grand poète à travers ces textes.

J’en parle aujourd’hui parce qu’à mon réveil ce matin, j’ai appris sa mort. J’avoue que sa disparition m’a infligé un désarroi doublé d’un tas de regret à son sujet. J’ai regretté qu’il n’ait pas eu une reconnaissance à la hauteur de son talent. J’ai aussi regretté de ne l’avoir pas rencontré ne serait ce que sur une scène bamakoise. G.G. Vikey, pour moi est le premier des béninois. Je n’oublie pas Angelique Kijo qui est sans la première ambassadrice de la musique béninoise, mais tout de même Vikey reste le premier. Ce mec, je vous l’avoue, devrait être cité parmi les grands noms de la chanson francophone au même titre qu’un Leo Ferre, un Georges Brassens, ou encore une Céline Dion.

Goustave Gbenou Vikey dit G.G. Vikey a su chanté les joies et les peines de son Benin natal ; et il a su les chanté en français. Sa musique raconte le Benin et l’Afrique à travers parfois un ton dénonciateur : on se rappelle qu’il a dénoncé dans ces chansons : l’exode qui fait de l’immigré un naufragé ; ou encore la religion et le néocolonialisme qui font de nous les acteurs de notre propre dépendance.

Par son jeu de guitare, sa voix et se textes, il est qualifié de meilleur poète béninois des années 60 par la critique litteraire.  Le chantre de la Négritude a marqué le cœur de millions de vieux hommes et de jeunes gens, du reste son album le plus connu (« G.G. Vikey – Le chantre de la négritude et sa guitare africaine »). La fête au village, Aujourd’hui je pleure, Davi, Que dieu te bénisse, Gentlemen vikey, La berceuse du mono, Vikey est mort, Vikey au paradis, No ahue, La roue tournera, Kanté facelli, Président vikey, Je vous remercie, Nostalgie africaine, Vive l’Afrique, Va-t’en donc…, que de chansons cultes qui ont eu,  ont et continueront à perpétrer la mémoire de ce grand Monsieur dont la musique a traversé des générations.

C’est pourquoi je reste persuadé, sans doute avec les nombreux fans de Gustave Gbénou Vikey, qu’il est mort mais demeure eternel. Car, non seulement ne dit-on pas que l’artiste ne meurt pas, mais et surtout G.G Vikey qu’il demeure par son œuvre.

Gustave Gbénou Vikey est Commandeur de l’Ordre National du Benin depuis 2012. Il est aussi Koundé d’Or 2003 avec « Vive les mariés » sorti en 1969, récompense suprême de la musique burkinabé.

Sans doute, ce véritable précurseur de la musique africaine aurait pu davantage être récompensé. Car il compte parmi les grands noms de la musique africaine comme Ali Farka Touré,  Fela, Mariam Makeba, le grand Kallé, Youssou N’dour etc.

Je sais, la postérité a déjà retenu ton nom. Salut Papa Vikey.

 

post

Je suis bamakois, je suis incivique

(Credit photo, Michel), La gare des SOTRAMA à Bamako

La gare des SOTRAMA à Bamako (Crédit photo : Michel Thera)

 

Hey  Florian, merci pour le paradigme !

C’est  le cas de le dire, à Bamako le respect de la loi laisse à désirer. C’est un peu du chacun pour soi, Dieu pour tous. Peuplée d’environs trois millions d’habitants, Bamako, la capitale du Mali, s’étend sur une superficie de près d’un millier de kilomètre carré.  Elle connait, à l´instar de plusieurs villes d’Afrique, une forte croissance urbaine, à l’origine de nombreux dysfonctionnements des structures de la capitale. Ainsi pour ce billet de blog, j’ai choisi de me pencher sur une situation somme toute inédite qui prévaut au cœur de la cite des  trois caïmans.

On a pensé, imaginé, conçu, mis en œuvre toutes sortes de solutions possibles pour désengorger le centre ville bamakois dont la traversée est plus q’un calvaire, tant pour les usagers motorisés que pour les piétons. Le comble de l’histoire est l’occupation illicite des trottoirs réservés aux piétons… Pis, sur certaines parties du boulevard du peuple qui passe en plein cœur du grand marché, les petits commerces se sont même installés sur la chaussée, obligeant piétons et automobilistes a se frayer héroïquement un passage. Je vous raconte cette histoire parce que la semaine dernière, jai failli être victime de cette situation pour le moins inacceptable.

Comment comprendre que dans un état de droit, des citoyens puissent enfreindre aux lois de façon incongrue qui plus est au su et au vu des forces de sécurités ? En évoquant cette histoire, j’avoue ne pas vouloir jeter l’opprobre sur qui que ce soit, mais je dis qu’il est temps que les autorités mettent fin à leur laxisme patent vis-à-vis de la violation flagrante de la loi de la République.

Justement en parlant de République, il faut savoir que cet état d’incivisme atteint son paroxysme aux alentours  de l’une des institutions faste de celle-ci, en l’occurrence l’Assemblée nationale. Le bâtiment qui abrite cette illustre Institution de la République est invisible tant tout son alentour est occupé intégralement par des petits commerces. Juste au passage une anecdote : après vingt ans de vie à Bamako, j’avoue avoir découvert la façade principale de ce bâtiment il y a deux semaines, lorsqu’une interpellation du gouvernement de transition par les députes avait obligé les forces de sécurité à y chasser tout ce petit monde qui s’y est installé. Jusqu’ici, il avait toujours été camouflé. Par rapport a cet état de siège de l´Assemblée nationale, je me suis juste écrié :

« Mais diable ces Bamakois là, qu’est ce qu’ils ont à s’agglutiner autour de l´Assemblée nationale pour en faire un marché ? Qu’est ce qui leur prend d’occuper le trottoir et même parfois la chaussée avec leur commerce ? Mais enfin n’existe t-il pas un lieu désigné pour cela ? »

Sur cette dernière interrogation, j’avoue que les autorités municipales ont fourni beaucoup d’effort pour pallier aux insuffisances liées à l’emplacement de ces petits commerces. Je me rappelle aussi de la mise en place d’une Brigade municipale qui faisait office de police municipale, et qui était engagée entre autre dans la lutte contre l’occupation illicite des espaces urbains. Mais il faut dire que très vite, elle est tombée dans une espèce de connivence avec ces petits commerçants-détaillants, dont la volonté d’occuper les trottoirs et même chaussée du boulevard de l’Indépendance n’avait d’égal que leur incivisme. Toute chose qui leur empêchait finalement de faire correctement leur travail.

Mis à part cet échec très regrettable de cette belle initiative, il y a le cas de la police nationale qui semble imposer à ces petits commerces de taxes supplémentaires. Une situation qui l’a amené, sans doute, à tolérer cet incivisme, qui à coup sur est source de danger pour tous, et de critiques de la part des commerçants et de les tous les autres usagers de ce boulevard, surtout les piétons.  Car voyez-vous, cette situation oblige les piétons à partager la chaussée avec les engins motorisés.

Le drame de l’histoire, pour en finir avec mon propos, c’est que les fauteurs de ces actes inciviques pensent être dans leur droit en se cachant derrière une misère sociale qui leur oblige à s’installer sur les passages piétons, et même parfois sur les chaussées du centre ville de Bamako pour, disent t-ils, « gagner leur pain quotidien ». Au-delà de mon jugement, je pense qu’il faut être ferme sur ce sujet comme sur toute autre question qui menace la sécurité des citoyens. Là dessus, je demande aux autorités locales et nationales d’œuvrer pour que les Bamakois puissent emprunter plus sûrement le boulevard du Peuple, ainsi que toutes les autres voies qui font l’objet d’une situation similaire.

post

La glissade politique du religieux au Mali

meeting HCI (Haut Conseil Islamique du Mali) au Stade du 26 Mars

meeting HCI (Haut Conseil Islamique du Mali) au Stade du 26 Mars

Il y’a quelques semaines déjà, je m’interrogeais sur le jeu de cache-cache des groupes islamistes armés qui occupent le Nord Mali. Aujourd’hui, je me préoccupe plus de la glissade politique de la plus importante organisation musulmane du Mali, il s’agit bien attendu du Haut Conseil Islamique (HCI).

Il semble que depuis un bon moment les responsables de cette organisation ont pris conscience de leur poids politique, ou du moins de leur influence grandissante auprès d’une majorité de maliens. Comment cela peut-il s’expliquer ?

Je ne vais pas faire de surenchères, encore moins remuer les blessures cicatrisées. Tout de même, je vais retracer le fil de l’histoire pour que l’on puisse comprendre les raisons plus ou moins fondamentales de cette glissade.

Rappelons-nous du 09 Aout 2011, et ce grand meeting organisé par le Haut Conseil Islamique contre le tout nouveau Code de la famille que l’Assemblée National venait entériner par une grande majorité. Ce fut à mon avis, le grand tournant, une espèce de point de non retour, ou l’on à vu les responsables religieux arborer des postures politiques.

Mais auparavant, il est à remarquer qu’en 20 ans de démocratie, les maliens ne se sont jamais appropriés la politique, au contraire elle est restée l’apanage d’une élite qui l’a confisqué pour en faire un bien privé.  Comme le dit le vieux principe : les mêmes causes produisant les mêmes effets, les maliens dans leur majorité s’en sont trouvés exclues, et par conséquent s’en sont lassés. C’est ainsi qu’une large brèche s’est ouverte ; et les religieux ne se sont pas fait prier pour s’y engouffrer. Pour corroborer mes propos, je cite très volontiers cet article de Christine Muratet publié sur http://www.rfi.fr  le 29 septembre 2011 :

Dix ans après le 11-Septembre : au Mali, la montée du religieux dans un Etat laïc

La société malienne est en quête d’identité. Dans cet Etat laïc, musulman à 90%, les événements majeurs de la décennie comme le 11-Septembre et plus récemment la crise libyenne, ont des conséquences sociales bien concrètes. Premiers bénéficiaires de ces transformations : les fondamentalistes, dont le terreau favori reste les populations les plus pauvres en quête de protection. Les mouvements religieux intégristes fleurissent et investissent le terrain politique dont ils ont déjà pris l’ascendant. al-Qaïda au Maghreb islamique, qui trouve ses racines profondes au nord du pays, reste à l’affût.

« Des soldats français qui viennent soutenir les rebelles libyens… Mais c’est grave… c’est grave… ». Un verre de thé malien en main, Magasse, Bathily, Keïta échangent dans l’arrière-boutique de Magasse, dans un quartier récent de Bamako. Régulièrement, ces trentenaires se retrouvent dans leur grin (cercle d’amitiés) pour refaire le monde et parler de l’actualité.

En cette fin août 2011 c’est la Libye qui concentre toutes les attentions. Et ici, au Mali, une majorité de personnes dénonce l’intervention de l’Otan. « Mais c’est quoi cette communauté internationale. Pour moi la communauté internationale, ça n’existe pas. Une fois de plus, l’Occident croit qu’il peut tout faire, n’importe où ».

La crise libyenne puis l’intervention de l’Otan viennent réveiller des sentiments complexes de colère et d’incompréhension à l’égard de l’Occident. Et pour ces trentenaires, le 11-Septembre et le fameux choc des civilisations qui s’en est suivi ont durablement fabriqué un sentiment de rejet du monde musulman.

Pour Adam Thiam, éditorialiste au quotidien malien Le Républicain, le discours de Bush au lendemain du 11-Septembre a fait émerger une stigmatisation de la religion musulmane. « Ce sentiment de rejet sera très fortement ressenti ici aussi au Mali, à tel point que l’ambassadeur des Etats-Unis de l’époque devra faire la tournée des mosquées pour expliquer le sens des propos du président américain ».

Le Mali est un Etat laïc, musulman à plus de 90%. Un pays jeune, où de tout temps, l’immigration a permis à de nombreuses familles de s’en sortir. Or, depuis les attentats de 2001 et la lutte contre le terrorisme, les politiques sécuritaires des pays occidentaux ont changé la donne : les visas sont distribués au compte-goutte et les contrôles aux frontières sont renforcés.

Aminata Traoré, essayiste, auteur de L’Afrique humiliée, considère que les populations musulmanes du Sud sont aujourd’hui « comme dans une boîte : ils ne peuvent s’en sortir chez eux et on leur refuse de sortir. Mais la conséquence, c’est le risque d’explosion et un retour sur soi vers des valeurs refuges, vers l’islam ».

La religion, structure d’une société en quête d’identité

L’islam progresse sensiblement depuis une décennie au Mali et dans toute la sous-région. Et même si le 11-Septembre n’est pas forcément le point de départ de cette montée religieuse, il a pu contribuer par un sentiment de frustration à nourrir ce besoin d’idéologie.

« C’est l’effondrement des valeurs traditionnelles qui permet de comprendre la montée du religieux », estime Souleymane Drabo, directeur de publication du quotidien gouvernemental L’Essor. Le religieux s’est installé sur une place laissée vide par les idéologies en déclin comme le marxisme mais aussi le libéralisme, vilipendé dans les pays du Sud.

Gilles Holder est anthropologue et travaille depuis de longues années sur l’évolution de la société malienne et sur la montée du phénomène religieux. « La société malienne est traditionnellement musulmane, mais c’est un fait que la religion structure de plus en plus la société, explique-t-il. La nation et l’identité malienne se confondent de plus en plus avec l’identité musulmane ».

Ce réveil du sentiment religieux est visible à Bamako. Ces dernières années, de plus en plus de jeunes fréquentent la mosquée. Ils respectent le jeûne durant le mois du ramadan, par conformisme, par conviction ou bien par dépit.

« Moi je le vois », estime Daouda, chef des jeunes d’un quartier populaire de Bamako. « Quand les jeunes ne trouvent pas de travail, une fois, deux fois, ils ont tendance à se tourner vers la religion. Ce sont les wahhabites qui recrutent le plus : si tu es fidèle, si tu fréquentes régulièrement la mosquée pendant deux ou trois ans, ils t’aident. C’est quand tu as perdu tout espoir que tu te tournes vers la religion ».

Quartier de Banconi au nord-est de Bamako, un jour de pluie. Ce quartier à la périphérie de la capitale est devenu aujourd’hui le symbole de la puissance des associations religieuses. Cheikh Haïdara y a implanté, en quelques années, un centre de santé flambant neuf, une mosquée rutilante, une medersa et le centre international de son association Ansar Dine, qui compte des dizaines de milliers de fidèles dans toute la sous région.

« Cheikh Haïdara est tout d’abord un tribun hors pair, explique Adam Thiam, il a su fédérer autour de lui des foules impressionnantes qui viennent de toute la sous région ». Son cheval de bataille : l’injustice et la gabegie des gouvernants. Son public : avant tous les analphabètes, et les petites gens. « C’est le seul homme politique, si l’on peut dire, qui arrive à remplir un stade de 50 000 personnes » le jour de la fête du Maouloud, qui célèbre la naissance du Prophète.

L’affaire du code de la famille

Mais le mouvement Ansar Dine n’est pas le seul mouvement religieux à recruter au Mali. La concurrence est grande. Le Haut conseil islamique, qui recrute chez les lettrés et les intellectuels, s’appuie sur l’école wahhabite : on y pratique un islam plus strict, fondé sur le Coran et la tradition arabe.

En 2009, c’est le Haut conseil islamique qui a conduit la contestation contre le Code de la famille. La loi a été votée à une très grande majorité de députés mais le chef de l’Etat a dû reculer devant la mobilisation massive contre un texte qui, selon l’instance, ne respectait pas la tradition islamique.

Mahmoud Dicko est le président du Haut conseil depuis 2008. « C’est le politique qui est venu faire de l’ingérence dans ma famille. Les affaires de la société malienne relèvent de la religion. L’Etat, c’est nous : pourquoi nous n’aurions pas notre mot à dire dans des affaires politiques ? »

Le ton est donné. Grâce à ses moyens financiers importants, son soutien international, le mouvement wahhabite compte bien faire entendre sa voix dans le débat public.
Deux ans après cette mobilisation populaire (30 000 personnes dans les rues), le Code de la famille n’a toujours pas été adopté. Pour les associations de défense de la personne, l’affaire du code a confirmé la puissance d’un islam politique au Mali, dans un climat de suspicion et de crainte, selon Maître Koné, ancien président de l’AMDH, l’Association malienne de défense des droits de l’homme : « On a reçu des pressions. Personnellement, j’ai reçu des menaces de mort, sur les ondes, de la part d’extrémistes, pour avoir soutenu en son temps ce projet de Code de la famille et pour avoir reproché aux députés leur manque de courage. Les hommes politiques sont prêts à tout pour se faire élire, y compris à suivre les religieux. Et c’est ça qui est grave ».

A quelques mois des élections présidentielles, prévues pour le printemps 2012, les associations religieuses ont donné le ton : « Nous ne présenterons pas de candidat, mais il faudra compter sur nous, et les candidats devront nous écouter ».

Le danger Aqmi

Certains observateurs maliens craignent le danger d’une radicalisation de la société malienne. Des jeunes formés dans les pays du Golfe, sont recrutés pour faire de l’activisme sur le terrain politique. Ces associations jouent de plus en plus un rôle de contre-pouvoir, sur un terrain social, de la santé à l’éducation. D’autres cependant, croient en la « sagesse malienne », un esprit tolérant et ouvert qui est le meilleur rempart contre les intégrismes de tout poil.

Il y a cependant au Mali une autre source d’inquiétude : Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique. Ce groupe salafiste a signé une quarantaine d’enlèvements d’occidentaux depuis 2003 dans la région. Il a implanté certaines de ses bases d’entraînement et de repli dans les zones désertiques du Nord-Mali. Plus grave, Aqmi aujourd’hui cherche à s’infiltrer parmi les populations locales. Le phénomène est déjà ressenti au Nord, dans la région de Kidal, de Gao, où les hommes d’Aqmi ont des bases familiales. Ils se sont mariés sur place, ont investi un terrain, là encore délaissé par l’Etat : ce sont eux qui aident les populations nomades à subsister dans un contexte de grande fragilité.

Progressivement et insidieusement, leur marque se fait sentir. Des témoignages anonymes (la crainte est palpable) indiquent un changement d’état d’esprit : à Gao, les symboles de la dynastie des Askias, les superstitions qui entourent le tombeau de leur roi sont battus en brèche par certains nouveaux prêcheurs, au nom d’Allah et du Coran. A Kidal, des «nouveaux barbus»  retirent leurs filles de l’école laïque.

Le risque d’une pénétration de l’islamisme radical est pris très au sérieux par Assarid Ag Imbarkaouane député de Gao et deuxième vice-président de l’Assemblée nationale malienne : « Si on ne fait pas attention, viendra le jour où, comme l’a dit un grand homme politique, le président de la République du Mali qui sera élu sera choisi par Aqmi. Et c’est pour cela qu’il faut que tout le monde soit concerné par la lutte contre Aqmi ».

Je trouve cet article de Christine Muratet d’une extrême actualité ; et ç   a en dit long sur la crise qui frappe aujourd’hui le Mali.

Cependant, gardons à l’esprit que nous sommes dans une République laïque dont le principe sacro-saint est la séparation des pouvoirs. Ainsi, il est attribué au religieux un pouvoir moral c’est-à-dire d’éducation. Et en aucune manière, il ne doit s’interférer dans le sujet politique qui reste l’apanage des autorités de la République.

Et puis, le 22 Mars est passé par là, et la jeune et exemplaire démocratie malienne s’en est vacillé à la faveur du coup de force perpétré par l’armée avec à sa tête le Capitaine Amadou Haya Sanogo. Ce putsch militaire a enfoncé le pays dans une crise sans précédent lui faisant perdre plus de la moitié de son territoire, occupé aujourd’hui par des groupes islamistes armés. Outre la crise au Nord, ce putsch a remis les religieux au devant de la scène qui se sont vu courtiser par les putschistes. L’iman Dicko a fait des sorties fracassantes depuis ces évènements en prenant des positions nettement politique. A titre d’exemple, le meeting du 12  qui a fait maintenir le premier ministre Cheick Modibo Diarra à son poste. Ou même la tentative de faire éjecter le nouveau Directeur Général de l’ORTM.

N’oublions pas « les printemps arabes » () qui ont certainement donné des idées aux religieux maliens. Car ils ont propulsé aux pouvoirs les partis islamistes, comme c’est le cas d’Enardha en Tunisie, des Frères musulmans en Egypte etc…

Pour en terminer avec cette réflexion, j’imagine que nos responsables religieux du Haut Conseil Islamique (HCI) sont justes dans l’effet de mode. Et qu’ils n’iront pas plus loin que l’organisation de meeting à des fins strictement religieux. Je réitère l’appel que chacun doit être à sa place : L’imam Dicko à ses chapelets, Capitaine Sanogo dans ses bottes, Dioncounda Traoré et Cheick Modibo Diarra à leur paperasse.

A bon entendeur Salut !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Michel THERA